Rechercher du contenu

The Empty Man de David Prior

Ce vendredi, pour conclure une semaine chargée, je vous propose une petite surprise. Pas aussi grand public que celle que fut Love and Monsters la semaine dernière. Non, le film du jour s’intitule The Empty Man. Sa gestation pourrait faire l’objet d’un documentaire tant son arrivée sur les écrans – de cinéma aux États-Unis en octobre dernier, de TV et d’ordinateur ailleurs à présent – fut mouvementée. Inspiré d’une bande dessinée, tourné en 2016, ce premier film de David Prior est prêt depuis 2018, et a trainé dans les cartons de la Fox suite au rachat de la major par Disney. Hâtivement et abusivement catalogué teen slasher lors de sa sortie US, il fut un catastrophique échec commercial outre-Atlantique… J’imagine que le public qui a accepté de se déplacer en pleine pandémie s’est sans doute senti floué : on n’est pas dans Escape game ou Action ou vérité, car The Empty Man navigue dans les eaux troubles du thriller fantastique et psychologique. Je pourrais ainsi citer comme exemple matriciel L’Antre de la folie, le dernier chef-d’œuvre de John Carpenter, dans lequel un Sam Neill de plus en plus halluciné menait une enquête impossible sur un auteur à succès, simili Stephen King, à la vocation maléfique. C’est également à une enquête labyrinthique que nous convie Prior, avec dans le rôle-titre le toujours trop rare James Badge Dale.

Avant d’introduire son héros, Prior débute The Empty Man avec une longue séquence qui va poser l’atmosphère étrange et angoissante du film. Quelle est cette créature, dont un randonneur trouve les restes dans une caverne du Bhoutan en 1995 ? Et en quoi les événements de ce prélude vont-ils être liés à une disparition dans le Missouri en 2018 ? James Lasombra (J.B. Dale), ancien flic reconverti en vendeur d’équipements de surveillance après le décès de son épouse et de son fils un an plus tôt, va aider sa voisine Nora à comprendre la soudaine disparition de la fille de cette dernière, Amanda. Fugue ou enlèvement ? Et à quoi fait référence le “Empty Man” dont elle semble avoir écrit le nom en lettres de sang sur son miroir ? Autant de questions auxquelles Prior doit répondre. Il s’accorde plus de 2 heures pour le faire : le film aurait gagné à bénéficier d’un montage plus concis, et à faire l’impasse sur quelques scènes trop explicites, mais l’ensemble reste incroyablement solide, véritablement oppressant tout en étant presque entièrement exempt de jump scares – cette peste du cinéma d’horreur moderne – et surtout interprété avec conviction par un James Badge Dale qui aborde son personnage au premier degré, comme s’il était convaincu de jouer dans un film néo-noir. Prior, qui a débuté comme producteur de suppléments DVD puis a réalisé des making-of (en particulier pour David Fincher, on a vu pire sur un CV), a su faire avec des contraintes budgétaires et une post-production agitée, et a retenu les leçons des tournages qu’il a accompagné. Si ses moyens étaient en berne, c’est tout l’inverse pour ses ambitions : ce thriller “slow burn” fait son effet. Après sa sortie en salles massacrée, The Empty Man est devenu, auprès d’un public averti, un petit film culte aux États-Unis. J’espère que sa disponibilité sur le label Star permettra d’élargir encore plus ce cercle d’initiés et que, pour Prior, ce sera un argument de poids pour continuer de faire des films à sa façon…

Rendez-vous la semaine prochaine pour un double programme Netflix : Les Mitchell contre les machines et The Disciple !

The Empty Man de David Prior (2h17 – États-Unis – Afrique du Sud – Royaume-Uni, 2018)
Disponible dès le vendredi 23 avril 2021 sur Disney+, label Star