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Annette

Newsletter du 28 avril 2021

 

 

 

Chers lecteurs,

 
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Annette, le nouveau film de Carax – son premier depuis Holy Motors, qu’en 2013 nous avions mis en couverture de L’Annuel du cinéma –, fera donc l’ouverture du Festival de Cannes.
C’est pour moi une nouvelle formidable : quand bien même le film serait raté – ce à quoi je me refuse à croire –, il le serait comme nul autre et j’en porterais la blessure comme un blason.
On a construit les routes pour les voitures de course et les salles pour les films de Carax, tout le reste n’est que du trafic. (1)
 
 
2
 
Cette année les Oscars ont donc pu se tenir en présentiel (“un euro dans la boîte à gros mots”, dirait-on au bureau) ; je ne sais pas très bien quel sens avait cette fête (pour ce que j’ai pu en voir, ça ressemblait quand même un peu à ces réunions de copro où tout le monde se félicite d’avoir repeint l’entrée en beige) (2) et, n’ayant vu presque aucun des films primés, je serais bien en peine de vous dire ce que j’ai pensé du palmarès. Mais à ce que j’ai lu le lendemain matin dans la presse, tout paraissait conforme à l’idée qu’on se fait d’une soirée comme celle-ci, personne n’avait sali la moquette et les gens avaient l’air d’avoir beaucoup souri.  
 
Que dire de plus ? L’Oscar du meilleur film d’animation est allé à Soul de Pete Docter et Kemp Powers (“le nouveau chef-d’œuvre de Pixar”, sans doute le seul film d’animation que les votants se soient donnés la peine de voir) (3) et celui de la meilleure photo au film en noir et blanc, et à la suite d’une erreur de l’Académie Florian Zeller a désormais un Oscar de plus que moi.
Du côté des “catégories reines”, je n’ai pas encore vu Nomadland de Chloé Zhao (Oscars du meilleur film (4), de la meilleure réalisatrice et de la meilleure actrice pour Frances McDormand), mais il y a là assez de talents réunis pour écarter a priori l’hypothèse d’un hold-up caractérisé.
Je ne sais pas non plus si Anthony Hopkins a mérité son prix, mais je l’avais trouvé vraiment bien dans Les Vestiges du jour.
 
 
3
 
Revu hier, pour le travail – ce en quoi je mesure ma chance –, À bout de souffle. Eu d’emblée le sentiment qu’enfin tout était à sa place : le soleil à Marseille, les garçons et les filles aux terrasses des cafés, les films au cinéma, le revolver dans la boîte à gants, William Faulkner sur la table basse…
 
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Je vous laisse ; ces temps-ci je passe beaucoup de temps à nourrir l’espoir que les salles rouvrent bientôt et, n’ayant pas l’habitude de tenir un tel effort sur la durée, je dois veiller à faire régulièrement des siestes.
 
 
 
Portez-vous bien, chers lecteurs,

 

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Thomas Fouet

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(1) On va encore dire que j’exagère. J’en conviens. (2) Je ne pourrais pas vous en dire plus, j’ai fini par zapper et tomber, sur une autre chaîne de mon bouquet cinéma, sur L’Extraordinaire voyage de Marona, le film d’Anca Damian, dans lequel il était question d’une “petite fille qui s’ennuie vite” – et je suis cette petite fille-là. Si j’étais un peu plus malveillant, j’ajouterais néanmoins que ces grands raouts me font l’effet d’un spectacle d’enfants qui jouent à la dînette et prolongent, par la cérémonie, l’échange de compliments compassés et les déclarations politiques consensuelles, le souvenir de fêtes très anciennes. (3) Depuis 2008, 13 des 14 Oscars de la catégorie sont allés à des films Pixar/Disney/Marvel. Mon conseil pour les votants des éditions à venir : quand on se fiche à ce point du cinéma d’animation, mieux vaut quand même faire preuve d’un peu de discrétion. (4) Notez bien que, si ça ne tenait qu’à moi, on attribuerait l’Oscar un an sur deux à James Gray et l’autre à Kelly Reichardt. Ça ferait des économies de buffet, et ça ne serait pas plus bête qu’une Super League de football européenne.  
 

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Photo : Annette (Leos Carax) Copyright UGC Distribution

 

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