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Pelé de Ben Nicholas et David Tryhorn

En 2019, Asif Kapadia, fort de ses expériences avec Senna (2010) et Amy (2015), livrait avec Diego Maradona le documentaire absolu sur le génie du foot argentin. L’an dernier, la mini-série The Last Dance, sous couvert de raconter les triomphes successifs de l’équipe de basket des Chicago Bulls dans les années 1990, tentait de dresser le portrait (avec l’accord de l’intéressé, mais aussi avec un regard de cinéaste conscient des limites imposées) de la légende Michael Jordan. Aujourd’hui, c’est le mythe Pelé qui a les faveurs d’un documentaire biographique, produit par Kevin Macdonald. Un réalisateur qui n’est pas étranger à la forme documentaire, lui qui fut lauréat de l’Oscar de la catégorie avec Un jour en septembre (1999), et en consacrait encore un, il y a peu, à Whitney Houston (Whitney). Premier long métrage pour Ben Nicholas, et deuxième pour David Tryhorn, Pelé entend raconter la carrière de son sujet en se concentrant sur la période 1958-1970.

Diego Maradona se concentrait sur les années du joueur au Napoli ; Pelé se focalise sur les prestations du joueur en équipe nationale. Dans le premier, Kapadia se restreignait, comme à son habitude, exclusivement à des images d’archives ; dans le second, Nicholas et Tryhorn se prêtent à l’exercice plus convenu et délicat des “interview pot-de-fleur”, notamment avec l’octogénaire Pelé en personne. En réalité, Diego Maradona et Pelé sont le reflet des personnalités qu’ils racontent. À Maradona la flamboyance et la provocation ; à Pelé, l’ordinaire raisonnable d’un surdoué du foot. Maradona était aussi grande gueule que Pelé faisait dans sa jeunesse figure de gendre idéal. Mais les deux footballeurs ont littéralement porté les espoirs de leur nation respective, à différentes époques. Et pourtant, l’Histoire est pleine de sinistres similitudes.

Évoquer la carrière d’Edson Arantes do Nascimento sur 12 ans peut paraître restrictif : mais le prodige brésilien a débuté sous le maillot de l’équipe nationale à 17 ans… et reste, à ce jour, le seul joueur à avoir remporté 3 Coupes du monde. De ses quatre participations (Suède 1958, Chili 1962, Angleterre 1966 et Mexique 1970), celle en 1962 fut écourtée par une blessure, et la campagne anglaise de 1966 se termina par une cruelle désillusion et une élimination dès les poules. Le film survole vite ses événements, car la période permet aux cinéastes de lier plus intimement la carrière du joueur à l’histoire du Brésil contemporain, et à son basculement dans la dictature en 1964. Grâce à des archives judicieuses, le documentaire montre à quel point la junte a vite vu l’édition mexicaine de 1970 comme un moyen d’assoir son contrôle de la population… au point de s’immiscer dans les plans du sélectionneur de l’époque. Pelé, qui a toujours refusé d’affirmer ses opinions politiques, a été, qu’il le veuille ou non, instrumentalisé par la dictature, alors que celle-ci avait, en 1968, mis en place l’AI 5 – acte institutionnel n°5, qui suspendait la Constitution et autorisait les arrestations arbitraires…

Biopic documentaire forcément plus sage que Diego Maradona, Pelé souffre évidemment de la comparaison avec ce modèle (inavoué). Mais aussi d’expédier la jeunesse de son sujet, sa carrière (de 1956 à 1974 tout de même) pour le même club de Santos, sa pré-retraite chez les New York Cosmos… Bref, de rester un peu trop en surface, voire de négliger la portée de son football. Il n’en reste pas moins très instructif en proposant et en utilisant intelligemment des images d’archives rares. Mais on en vient à se demander si une forme plus sérielle, à la manière de The Last Dance, n’était pas plus judicieuse.

Pelé de Ben Nicholas et David Tryhorn (1h48 – Royaume-Uni, 2021)
Disponible dès le mardi 23 février 2021 sur Netflix