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Interlude

Newsletter du 17 février 2021

 

Chers lecteurs,
 
 
Je vais vous faire un aveu. Certains jours, je n’ai pas la moindre idée de ce que j’ai sous les yeux.
 
Je vois un film, et je ne sais pas quoi en dire. Le souffleur n’a pas fait son travail, le livreur ne m’a pas porté mes commentaires dans son enveloppe cachetée ; silence dans l’oreillette : en régie l’assistant fait la sieste ; le chien a mangé ma rédaction…
 
Les jours où ça m’arrange, je mets ça sur le compte de l’hiver. En-dessous de cinq degrés Celsius, je vois bien que je perds en réflexes critiques. Dans le fond, je l’ai toujours su : je suis un cinéphile de climat méditerranéen.
J’aurais mieux fait de demander ma mutation à l’agence de Taormina… De toute façon, les salles fermées, nous sommes tous hors sol, agglomérés derrière de petits écrans dans de petits appartements, à Paris ou dans sa banlieue (ou peut-être est-ce son souvenir).
 
Ou bien est-ce le fait d’une méforme passagère ? Pourtant je fais tous les matins ma gymnastique cinéphilique :
Un, deux, un, deux…
J’ignore ce qu’ainsi je soulève en rythme (des boîtiers de DVD, de la culture générale ?), et quels muscles je mobilise. Essayons un autre mouvement :
Un, deux, trois quatre ; un, deux, trois, quatre…
Non, ce n’est pas beaucoup plus clair. Tout ceci est un peu abstrait.
 
De cet impensé, j’essaie de tirer quand même quelque chose qui soit publiable dans Les Fiches du cinéma, des genres de textes portant sur des genres de films ; et c’est comme des courriers de demande de rançon composés de lettres découpées dans le journal local, ou des dessins d’enfants. Je reçois des appels du rédacteur en chef, circonspect : “Thomas, je n’ai rien contre l’idée… par ailleurs c’est assez audacieux… mais, d’ici à ce que cette famille de bonhommes bâtons, ce grand chien mauve et ce soleil jaune qui sourit ressemblent, de près ou de loin, à une critique de cinéma, y a du boulot…
 
Non, croyez-moi : certains jours, il vaut mieux se taire. Voyons cela comme l’hygiène du professionnel ; l’échantillon de modestie, l’exercice de respiration – comme vous voudrez –, auquel tous les critiques de films devraient s’astreindre au moins une fois de temps en temps. 
 
Que voulez-vous ! On n’est pas tous les jours Daney.
 
Et les autres, on n’est pas Deleuze : ça équilibre.
 
Portez-vous bien, chers lecteurs,

Thomas Fouet

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Photo : Malcolm & Marie (Sam Levinson). Capture d’écran.

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