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Si le cinéma le vœu

Newsletter du 6 janvier 2021

Les vœux de François Barge-Prieur, Président des Fiches du Cinéma

Chers amis cinéphiles,

Au vu des circonstances actuelles, vous souhaiter une belle année 2021, c’est avant tout vous souhaiter que 2020 ne se reproduise pas à l’identique. Que quelque chose redémarre, que la machine se dégrippe. Car l’état de pause forcée dans lequel nous a plongés la pandémie de COVID-19 a vu se succéder, et parfois même se chevaucher, à la manière d’une vague qui casse puis reflue pour nourrir la suivante, deux mouvements contraires. Il nous a fallu, dans un premier temps, nous recroqueviller sur nous-mêmes, et prendre soin de notre environnement immédiat, humainement et géographiquement parlant. Confinés, repliés, inquiets des informations alarmantes qui nous parvenaient de l’extérieur (ce qui pouvait vouloir dire de l’autre bout du monde ou du marché d’en bas), nous avons été forcés de vivre au ralenti – avec, comme éventuelle et ponctuelle contrepartie, celle de ressentir à nouveau la texture du temps qui passe, de pouvoir ainsi nous en saisir et l’apprécier, en nous extrayant de la course sans cesse plus folle d’un monde aux abois. Mais il a vite fallu nous rendre à l’évidence : l’ensemble des liens que les œuvres artistiques, comme autant de signes d’intelligence et de sensibilité humaine, parviennent à tisser entre notre vie et celles des autres, nous est – sans nul doute possible – indispensable. En étant, de fait, confrontés au déroulé des jours dans ce qu’ils peuvent avoir de plus monotone et rébarbatif, bercés par le roulis du métro-boulot-dodo (qui devient, rappelons-le, un luxe pour une part croissante de la population !), nous avons pris conscience, plus que jamais, que la culture est absolument essentielle – en tant qu’elle est constitutive de notre rapport au monde, à nos émotions, à notre intelligence et à celle des autres. Nous avons ressenti le besoin de nous déployer à nouveau vers le monde, et  d’atteindre, à travers les films, cette forme d’universalité grisante et vertigineuse que le cinéma peut, lorsqu’il est bien fait, créer : mais nous avons trouvé porte close.

Alors mon premier vœu (et je doute que le génie nous en accorde trois sur ce coup-là !), c’est évidemment que le cinéma redémarre. Je le souhaite bien entendu à tous les professionnels, que la crise actuelle met dans une position économiquement intenable, mais je le souhaite également à chacune et chacun d’entre nous, du cinéphage compulsif au spectateur occasionnel : car, disons-le franchement, sans le cinéma, la vie vaut (un peu, beaucoup ?) moins la peine d’être vécue.

J’en profite pour réaffirmer ici une chose que l’époque, les pratiques numériques et quelques majors américaines aveuglées par les chiffres tentent, en vain, de nous faire oublier : une part irréductible du cinéma se joue en salle. Car il me semble qu’au-delà des genres, des récits, des époques et des styles de mise en scène, c’est avant tout à éprouver un bloc de temps singulier que nous invite un film. Un bloc façonné à coup d’images, de raccords, de lumière, de musique, au sein duquel les minutes et les secondes telles que les mesurent nos aiguilles et nos cadrans n’ont plus cours, mais fluctuent au gré de l’imagination des cinéastes. Si la salle est tellement importante, c’est parce qu’elle offre les meilleures conditions pour que rien ne vienne interrompre cette expérience sensorielle unique qui consiste à plonger dans un temps qui n’est pas le nôtre. C’est tout le vertige du 7ème Art qui se joue là, dans l’obscurité, face à l’écran.

Nous aussi, aux Fiches du cinéma, sommes frappés de plein fouet par la fermeture des salles : plus de projections de presse, plus de sorties, plus de revue à boucler ou de sommaire à construire. C’est une crise sans précédent, mais c’est loin d’être la première à laquelle nous ayons eu à faire face. À chaque fois, in extremis, nous avons réussi à retrouver de l’énergie, et redonner du sens à notre mission, et à notre position si particulière dans le paysage des médias culturels français. Rappelons que depuis 1934, année de notre création, nous voyons tous les longs métrages distribués en France, sans exception. Nous avons à cœur de ne pas considérer les films comme des trophées qui viendraient décorer la devanture de je ne sais quelle chapelle cinéphile, ni comme des locomotives promotionnelles auxquelles nous pourrions raccrocher les wagons d’une ligne qui deviendrait alors plus commerciale qu’éditoriale. Nous préférons les voir et les penser pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des œuvres d’art complexes, hybrides, fruits d’un intense travail collectif et d’un mélange – assez inédit dans l’histoire de l’art – entre processus créatif, découvertes technologiques et contraintes financières. C’est en tant qu’observateurs attentifs, exigeants et passionnés que nous avons, lors du premier confinement, donné la parole à une centaine de professionnels pour prendre le pouls de ce moment inédit : ces textes importants ont été compilés dans un superbe ouvrage, Chroniques du cinéma confiné, en librairie depuis la fin du mois de novembre dernier – et dont la qualité a été unanimement saluée.

Par ailleurs, et c’est sur cette belle nouvelle que j’aimerais lancer l’année qui s’ouvre, nous sommes fiers et heureux de vous annoncer la mise en ligne, dans le courant du mois de janvier, de l’intégralité de nos archives, dans ce qui constituera la plus grande base de données sur le cinéma en France. Ce contenu patrimonial unique sera disponible pour tous nos abonnés*, sans la moindre augmentation de tarif : c’est notre façon à nous de vous remercier de votre patience, de votre fidélité et de votre soutien sans cesse renouvelé. Quelle joie, et quel honneur, de cheminer à vos côtés depuis si longtemps ! Nous sommes certains que le plaisir que vous prendrez à naviguer dans cette formidable boîte à outils cinéphile résonnera avec celui que nous avons eu à mettre en branle ce gigantesque chantier, que des centaines de critiques ont bâti au fil des décennies, et dont nous sommes aujourd’hui les modestes dépositaires. Vous l’avez compris : le cinéma, les Fiches et vous, c’est une belle et longue histoire qui n’est pas près de s’arrêter.

Plus chaleureusement que jamais,

François Barge-Prieur

Illustration : Michel-Ange (Andrey Konchalovsky) / Copyright UFO Distribution.

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