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Le Tigre blanc de Rahmin Bahrani

Il y a deux jours, Joe Biden était officiellement investi 46e Président des États-Unis. Son prédécesseur, Trump, le clown orange autoproclamé anti-système, s’en est allé, convaincu que sa réélection a été volée, au terme d’un mandat marqué par une pandémie, des mesures réactionnaires et des faveurs fiscales aux plus grandes fortunes et corporations. Car socialement, les décisions de Trump n’ont pas profité à sa base électorale. Dans Le Tigre blanc, c’est la même chose : les foules adulent la “Grande socialiste” qui occupe les fonctions de Premier ministre. Mais la dirigeante se préoccupe davantage des pots-de-vin que doivent lui verser les riches, que des conditions de vie des castes inférieures.

Le jeune Balram, qui se désigne comme le “tigre blanc” de sa génération, est issu de l’une de ces castes : celles dite des “confiseurs”. Balram n’a qu’un mot en tête : ambition. Il rêve de s’élever socialement, d’être aux côtés des ventres plein (en opposition à sa caste, les ventres creux), quitte à devoir les servir. Pourtant, lorsque le film commence, Balram nous annonce être devenu entrepreneur, et ne plus être serviteur : que s’est-il passé ? Comment l’enfant privé d’école pour aller travailler est-il parvenu à se faire sa place au soleil ? Balram est rusé : lorsqu’il devient le chauffeur d’Ashok, tout juste rentré des États-Unis, il apprend à se tenir à sa place mais surtout à se rendre indispensable. Même si cela implique de s’adonner à des coups fourrés…

© Tejinder Singh /Netflix

Tout le sel de cette adaptation du best-seller d’Aravind Adiga réside dans le récit de cette ascension sociale, forcément positive – puisque c’est Balram qui nous la raconte – mais jamais naïve. Avec ce huitième film, le sous-estimé Rahmin Bahrani (découvert avec Man Push Cart puis Chop Shop dans les années 2000 ; redécouvert en 2014 avec l’excellent 99 Homes) livre une fable aussi cinglante que grinçante : souvent drôle, parfois tragique, cette satire à l’acide sulfurique de la société indienne montre, du point de vue des laissés-pour-compte, les ravages du capitalisme et de la mondialisation, et les mirages qu’ils provoquent. Dans le rôle d’un opportuniste sans génie mais persévérant, convaincu de sa bonne étoile, Adarsh Gourav est une révélation. Son Balram ne cesse de s’enrichir et de se complexifier tout au long du film. Et c’est parce qu’on a eu tant de temps pour s’attacher à lui et apprendre à partager ses rêves que la cruauté de l’ensemble n’est que plus éclatante.

Rendez-vous la semaine prochaine, pour s’essayer à des fouilles archéologiques !

Le Tigre blanc de Rahmin Bahrani (2h05 – Inde – États-Unis, 2021)
Disponible dès le vendredi 22 janvier 2021 sur Netflix