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Le Blues de Ma Rainey de George C. Wolfe

La surprise de fin d’année, la voici : une adaptation du dramaturge August Wilson (porté pour la première fois à l’écran en 2016) par Georce C. Wolfe. Sur le papier, les états de service de Wolfe ont de quoi inquiéter (vous vous souvenez de Nos nuits à Rodanthe ? Malheureusement, moi non), tout comme sa capacité à retranscrire à l’écran le style de Wilson – en 2016, Fences, bien que réalisé par un Denzel Washington très impliqué, ne brillait pas par l’inspiration de sa mise en scène. Soyez donc rassurés : Le Blues de Ma Rainey, avec la grande Viola Davis dans le rôle-titre et Chadwick Boseman pour sa dernière apparition à l’écran, est une réussite totale et inattendue.

Inattendue à cause de son auteur donc, un cinéaste qui n’a que peu brillé par le passé. Inattendue aussi parce qu’August Wilson est bien moins connu dans l’hexagone qu’aux États-Unis, où il fut (et reste) une icône littéraire et une figure de la cause afro-américaine. Lauréat de deux Pulitzer, il fut l’auteur du “Cycle de Pittsburgh” : un ensemble de 10 pièces retraçant la vie de la communauté afro-américaine tout au long du XXe siècle. Toutes ces pièces prenaient pour cadre le Hill District de Pittsburgh, à une exception près : Le Blues de Ma Rainey – la troisième pièce dans l’ordre chronologique du cycle, mais le deuxième que Wilson écrivit – se déroulait à Chicago.

Nous voici donc au cœur des années 1920, à suivre Ma Rainey, la “mère du Blues”, qui divertit des Blancs lors d’un spectacle. La volcanique Rainey va constamment rappeler à tout son entourage (maison de disque, musiciens, policiers) que la patronne, c’est elle. Mais son autorité a des limites, fixées par une société raciste. Pendant ce temps, des dissensions se font sentir entre ses musiciens : le jeune et impétueux trompettiste Levee a de l’ambition, et tient à le faire savoir à ses collègues…

© David Lee / Netflix

Dès lors, l’histoire est un tourbillon étourdissant, où les talents d’un casting parfait peuvent s’exprimer jusqu’à une conclusion dramatique et terrassante. Wolfe se met au service d’un scénario résolument synthétique, qui ne s’obstine pas à cacher ses racines théâtrales. La tension palpable peut paraître artificielle, avec cette narration qui enquille les climax. Mais avec à peine un peu plus d’1h30 au compteur, le film sait justement comment capter l’attention du spectateur sans l’épuiser ni le lasser, et l’entraîner au gré d’une haletante leçon de musique et d’histoire. Et il y a le plaisir de voir des comédiens entièrement investis dans leurs personnages : Viola Davis est (bien sûr) étincelante, mais c’est le regretté Chadwick Boseman qui lui vole la vedette, avec une interprétation prodigieuse. Si Le Blues de Ma Rainey se fonde sur la prestation primordiale de Davis, le film devient l’œuvre testamentaire de son second rôle : un acteur au charisme indéniable, dont l’aura apportait un souffle et tirait vers le haut chacun des films où il apparaissait. 42, Black Panther ou Message from the King peuvent en attester. Sans lui, bien des films à venir seront fades…

À la semaine prochaine pour partir à l’aventure dans l’âme humaine (mais toujours en musique) !

Le Blues de Ma Rainey de George C. Wolfe (1h34 – États-Unis, 2020)
Disponible dès le vendredi 18 décembre 2020 sur Netflix