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Haut les cœurs

Newsletter du 23 décembre

 

Chers lecteurs,

 

À l’heure de faire le bilan, de mettre les + et les – dans des colonnes (avec par exemple d’un côté et de l’autre des films, des chansons, des gens, des paysages et des recettes de tiramisus ou de tartes), nous n’en sommes pas tous au même point, mais peut-être conviendrons-nous de ce que, ces dix derniers mois, nous aurons eu en partage une circonspection, des inquiétudes, des tristesses et des hébétudes – et des espoirs évidemment, pour l’année nouvelle qui s’annonce.

Comment ! c’en serait donc fini de cette tannée millésimée ? Les années ni les décennies n’étant pas hermétiquement closes avec leurs cochonneries dedans, nous resterons un peu prudents avant de nous réjouir vraiment. En attendant, que pourrais-je bien vous raconter pour cette toute dernière (vacances oblige) newsletter de 2020 ?

Je serais bien en peine de vous parler de films, j’en vois peu ces temps-ci. L’année n’a pas passé sans dommages : sevré de mon quota de contacts quotidiens, je m’attache un peu trop aux personnages (c’est pour compenser, probablement). J’ai peur qu’il leur arrive des bricoles, ou alors qu’ils se fâchent, eux qui l’instant d’avant s’embrassaient, se prenaient dans les bras, buvaient dans le même verre ; j’ai peur qu’on les accuse d’une chose dont ils seraient innocents.

La semaine passée j’ai vu un film dans lequel, à un moment donné, un personnage haussait les épaules (et un autre roulait des yeux, et à l’arrière-plan un autre encore soupirait) : c’était trop de tension pour moi, j’ai mis deux jours à m’en remettre. Dans un autre, de joyeux convives partageaient un pique-nique au soleil, mais à la faveur d’une ellipse la nuit tombait brutalement : sans que j’aie bien compris comment, les invités étaient partis et l’hôte rentré, qui mangeait tout seul à la table du salon. Ça m’a donné envie de pleurer.

Je préfère encore mes propres films, ceux que depuis mon canapé et entre une défaite d’Arsenal à la télé et un recueil de chroniques de Jim Harrison (tous ces vins prodigieux partagés en si bonne compagnie : voilà qui fait rêver à des années meilleures), je me plais à imaginer. 

Il y en a un que j’aime bien : c’est l’histoire d’un garçon qui rencontre une fille, et ensuite tout se passe très bien. Parfois ils restent seuls, parfois ils voient des gens dans des bars (c’est ouvert) et rentrent un peu tard (c’est permis), et l’été ils partent en vacances en Espagne ou bien en Italie (ça se peut : les frontières sont ouvertes, les vols autorisés).

Je l’ai proposé à un ami producteur :
Ça manque un peu d’enjeux dramatiques”, s’est-il plaint en bon professionnel.
Je lui ai dit qu’à ce compte-là il n’avait qu’à adapter 2020 en film.
Roy Andersson est sur le coup”, m’a-t-il soufflé en échange de ma discrétion. 2020 avec de la moquette beige : à tous les coups, ça va rafler un Prix à Cannes.

Quoi qu’il en soit : j’ignore comment ces jours vaguement agglomérés ont su se faire passer pour une année en bonne et due forme. Ils ont dû se serrer les uns contre les autres par ordre plus ou moins croissant et prier pour qu’on n’aille pas y regarder de trop près – on aurait vu les malfaçons, les jeans débraillés et les chaussures mal cirées. Pour ma part j’ai vu très nettement un 16 avril qui sous son déguisement grossier n’était qu’un vulgaire 10 janvier (mais je croyais être le seul à l’avoir vu et n’ai pas osé en parler) ; j’ai vu également quatre dimanches se succéder en novembre (l’aviez-vous remarqué aussi ?)

Et ces mercredis sans sorties ? Étaient-ce vraiment des mercredis ?

Allez – cessons là, voulez-vous.

Un dernier mot : si vous ne l’avez pas encore fait, n’oubliez pas de nous adresser, d’ici le 1er janvier, votre top 10 des meilleurs films de l’année (je vous en rappelle les règles : 10 films sortis entre le 1er janvier et le 29 octobre 2020, sans obligation de classement, à l’exception d’un numéro 1) ; nous partagerons, à la rentrée, le résultat de vos votes.

La rédaction des Fiches et moi-même vous souhaitons d’heureuses fêtes, si singulières puissent-elles sembler.

Portez-vous bien, vous ainsi que vos proches,

Amitiés,

 

Thomas Fouet

 

Photo : Frangins malgré eux. Copyright Sony Pictures Releasing France.

 

Newsletter du 23 décembre 2020
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