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Une ode américaine de Ron Howard

Avec son titre français emprunt de lyrisme, le nouveau film de Ron Howard s’annonce comme un hommage à l’Amérique et à son identité. Cette traduction contourne habilement le fait de devoir définir ce qu’est un hillbilly, mais met de côté le sujet central du film. J.D. et toute sa famille originaire du Kentucky sont donc des hillbillies : des habitants (ou leurs descendants) des régions montagneuses des Appalaches et des Ozarks, férocement indépendants et autonomes. Mais le terme a également son versant péjoratif, désignant des individus passablement arriérés et violents, à l’instar des rednecks. En bref, J.D. sait que, même au sein de sa ville de Middletown, le monde considère généralement sa famille, sa caste, comme des péquenots.

Avec ce genre d’informations en tête, on peut considérer qu’Une ode américaine constitue une œuvre de réhabilitation. Cette adaptation de l’autobiographie de J.D. Vance (36 ans au compteur), financier spécialisé dans le capital-risque, a rencontré un grand succès aux États-Unis. Quoi de plus normal ? Ce jeune conservateur, à travers les épreuves qu’il a traversé, y questionnait le statut de la classe ouvrière blanche dans l’Amérique contemporaine. Dans Une ode américaine, à travers le destin du jeune J.D. (celui de fiction, donc), poussé à étudier pour ne pas reproduire les erreurs de ses aîné(e)s, c’est un récit d’ascension sociale contre vents et marées qui se dessine. Mais s’esquisse aussi, en arrière plan, un panorama moins engageant : celui d’une des nombreuses Amériques oubliées et négligées, plongées dans la précarité. D’un côté, J.D., parti à Yale, en couple et promis à un brillant avenir ; de l’autre, sa mère Bev, rongée à petit feu par la drogue qui lui a tout fait perdre. Et au milieu, évoquée en flashbacks, Mamaw : la matriarche, d’une autre époque, mais qui a gardé les pieds sur terre et, à défaut d’avoir pu protéger sa fille, cherche à protéger ses petits-enfants.

© Lacey Terrell / Netflix

Dans ce rôle haut en couleurs (et en magistrales montures de lunettes), Glenn Close s’impose comme la boussole du film, celle qui saisit le mieux l’humanité et l’ambiguïté de son personnage tragique, amené à cimenter la famille en la faisant évoluer. Amy Adams hérite d’un rôle plus ingrat, et Gabriel Basso (vu dans Super 8 !) logiquement du plus lisse. Howard est un conteur confirmé, mais la structure du scénario – signé par Vanessa Taylor, co-auteure de celui de La Forme de l’eau – et ses ruptures temporelles entravent son travail. Howard reste un cinéaste amoureux de la forme classique, qui réclame de la linéarité : ses envies de grande fresque sociale et familiale sont ici frustrées, interrompues par différents flashbacks soit trop explicites, soit trop évasifs pour satisfaire. Le film est donc moins émouvant qu’attendu, mais le travail d’adaptation atténue le discours politique très discutable de J.D. (le vrai) pour se consacrer, avec plus de bienveillance mais pas suffisamment de subtilité, à l’essentiel : le mélodrame familial. Qu’il ne soit pas conforme à la réalité, c’est une autre histoire…

Une ode américaine (1h56 – États-Unis, 2020)
Disponible dès le mardi 24 novembre sur Netflix