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La Vie devant soi de Edoardo Ponti

Avant d’être un film, La Vie devant soi est un célèbre roman d’Émile Ajar : le secret entourant son auteur – en réalité Romain Gary – et le fait que ce roman lui permit ainsi de remporter deux prix Goncourt sont presque désormais aussi connus que le livre. Après une adaptation à succès en 1977 par Moshé Mizrahi (un Oscar du meilleur film étranger, un César de la meilleure actrice), le cinéaste italien Edoardo Ponti se penche sur le dossier, y voyant sans doute là l’occasion d’offrir un bel écrin aux talents de comédienne de sa mère. Car le rôle de Madame Rosa, tenu en 1977 par Simone Signoret, échoit à une autre légende : Sophia Loren. Du haut de ses 86 ans, la grande actrice italienne n’a que peu tourné depuis Soleil (Roger Hanin, 1997) : dans le premier film de son fils (Cœurs inconnus, 2002), pour Lina Wermüller (Peperoni ripieni e pesci in faccia, 2004, avec F. Murray Abraham et même pas sorti en France) et… pour Rob Marshall. Mais comme chacun le sait, on ne peut décemment pas qualifier Nine, sorti ici en 2010, de film. Sophia Loren n’avait donc pas illuminé les écrans de cinéma depuis 16 ans…

Du côté de l’intrigue, vous ne risquez pas d’être surpris : un orphelin, Momo, voleur à la tire qui se rêve un peu trop roi du deal de drogue, est placé chez Madame Rosa, qui héberge des enfants séparés de leurs parents et n’a pas la langue dans sa poche. La rencontre est électrique, les deux grandes gueules vont apprendre à se connaître et nouer une amitié empreinte d’amour et de respect. Peu de changements sont au programme, si ce n’est que le passé de prostituée de Rosa est sensiblement éludé, rendant le film – à quelques exceptions langagières près – accessible aux jeunes ados. Rosa, qui a survécu à la Shoah, lutte toujours avec ses fantômes, alors que son vieillissement l’affaiblit irrémédiablement. Véritable boule d’énergie et de colère incontrôlable, Momo apprend à compter sur les autres, à leur faire confiance, et à faire les bons choix.

© Regina de Lazzaris a.k.a. Greta

Rien de bien neuf, me ferez-vous remarquer… et c’est tout à fait vrai. La Vie devant soi n’invente rien, suit sagement les grands préceptes du mélodrame classique, comme si le terme “originalité” était synonyme d’immodestie : le film aurait gagné à prendre plus ses aises avec le roman et à se montrer plus ambitieux. En l’état, il brille par d’excellentes prestations, là où son scénario pèche par absence de fantaisie. Loren, impériale, et l’incontestable révélation que constitue Ibrahima Gueye (pour lequel il faut espérer une carrière plus fructueuse que celle de Samy Ben-Youb, le Momo de la première adaptation) empêchent La Vie devant soi de friser la simple anecdote.

La Vie devant soi de Edoardo Ponti (1h34 – Italie, 2020)
Disponible dès le vendredi 13 novembre sur Netflix