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Ala Changso de Sonthar Gyal

Au Tibet, Drolma, très malade, décide d’entreprendre un pèlerinage à Lhassa. Dorje, son mari, est contraint d’accepter la décision de son épouse… Sonthar Gyal signe un film d’une grande subtilité, aussi magistral visuellement que tendre et sensible.

La délicatesse est sans doute ce qui caractérise le mieux l’écriture et le mise en scène d’Ala Changso. Tout y est fin, subtil, jamais appuyé. Tout n’est pas expliqué non plus. Sonthar Gyal laisse au spectateur le temps de se faire sa place au sein de ce récit à la fois tragique et étrangement apaisé. On apprend à connaître les personnages chemin faisant, devinant au fur et à mesure une complexité dans leurs rapports qui n’apparaissait pas au départ. Le film a beau se situer aux antipodes, il n’en traite pas moins d’un sujet aussi universel que moderne : choisir sa fin. Drolma se sait condamnée. Son seul projet désormais est de se rendre à Lhassa en se prosternant. Se prosterner, c’est concrètement s’allonger face au sol tous les trois pas. Vu d’Occident, cela ressemble à une recherche d’expiation. Mais attention à l’ethnocentrisme. La vérité, c’est qu’on ne sait pas vraiment, depuis nos latitudes, ce que ce pèlerinage représente pour les Bouddhistes tibétains. Il s’agit en tout cas, certainement, d’un refus de s’étioler dans un hôpital, perfusée de partout, dans une attente insupportable de la mort. Le personnage de Dorje, son mari, à la fois bourru et tendre, contraint d’accepter le choix de son épouse, est très touchant. On se parle peu, mais l’émotion vibre dans chaque scène. Le petit Norbu, forte tête portant en lui une blessure qui l’empêche de communiquer, est extrêmement attachant. Les cadres sont nets, sobres, et la photo, d’une grande douceur, sublime visages et paysages. Les nuits bleutées et le rougeoiement des peaux près du feu sont splendides. Ala Changso, loin de tout pathos, invite à l’émerveillement et agit comme une méditation.

Ala Changso de Sonthar Gyal (1h49 – Chine, 2018)
Disponible en VOD dès le 11 novembre 2020