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Rebecca de Ben Wheatley

Que se passe-t-il avec la carrière de Ben Wheatley ? Le wonderboy britannique, révélé avec un deuxième film cinglant, Kill List, a toujours brillé par l’indépendance d’esprit totale qui habitait ses longs métrages, inclassables et tournés à un rythme woodyallenien. On peut donc concevoir l’accueil mitigé reçu par High-Rise, son adaptation à haut risque du I.G.H. J.G. Ballard, comme un coup d’arrêt. Son film suivant, Happy New Year, Colin Burstead, fut diffusé directement sur la BBC pour le réveillon du jour de l’An (!) et ce Rebecca arrive donc plus de cinq ans après la présentation au festival de Toronto d’High-Rise.

Rebecca, donc. Le prénom d’une grande absente, celle qui hante tous les personnages principaux. Celle dont le spectateur, comme la jeune héroïne, se fait sa propre idée. Rebecca, c’est aussi titre d’un roman à succès de Daphné du Maurier, paru en 1938 et immortalisé sur grand écran dès 1940 par un certain… Alfred Hitchcock. Impossible, d’ailleurs, d’en faire abstraction : cette adaptation hante l’œuvre de Wheatley. Mais il faudrait être fou (ou inconscient, ou kamikaze, ou Gus Van Sant) pour tourner un remake basique d’un film d’Hitchcock : le scénario mis à disposition de Wheatley, et cosigné par Jane Goldman (complice habituelle de Matthew Vaughn), entreprend de s’en distinguer le plus possible en revenant au roman de du Maurier, notamment sur la question de la culpabilité. Ce qui était trop sulfureux pour que Hitchcock l’évoque en 1940 est ordinaire en 2020 : Rebecca 2020 démarre donc comme une romance entre un jeune veuf, présumé inconsolable, et une presqu’aussi jeune femme de compagnie, ignorant tout des règles de la haute société qu’elle côtoie dans son emploi pour une femme ingrate et odieuse. Armie Hammer et Lily James flirtant dans la Riviera des années 1930 : le programme pourrait être plus désagréable…

Rebecca: Kristin Scott Thomas as Mrs. Danvers, Lily James as Daphne, Armie Hammer as Maxim de Winter

L’arrivée du couple, fraîchement marié, dans la demeure ancestrale du mari, Manderley, opère un premier basculement : progressivement délaissée par son époux, notre héroïne, Daphne, se confronte aux fantômes théoriques (pour les vrais, c’est plutôt The Haunting of Bly Manor qu’il faut regarder) de l’ex-femme. L’autre, si parfaite, si aimée, si puissante ; tout est là pour provoquer la jalousie de la nouvelle Mrs. de Winter. Mais c’est sa curiosité qui est attisée : comment Rebecca est-elle passée de vie à trépas ? Et pourquoi la gouvernante fait-elle tant de mystères, et fait tout pour ruiner le bonheur du nouveau couple ? Le scénario gère mal l’évolution, par à-coups, du récit, et reste bien académique : en conséquence, Wheatley, pourtant habitué à mélanger les genres avec brio au sein d’une narration percutante, se révèle désarmé. S’il ne baisse pas les bras, que dire du scénario, qui perd toute ambition à l’approche de sa conclusion ? Wheatley n’est pas à blâmer, ni ses comédiens, mais ils sont pris en otage par ce qui ressemble à un bâclage en bonne et due forme. De là à s’inquiéter pour le cinéaste, engagé pour tourner les prochaines aventures d’Alicia Vikander en Lara Croft dans Tomb Raider 2 ? Sans doute, s’il n’a pas son mot à dire sur le script…

Nous nous retrouvons dès demain pour plonger dans l’horreur d’un hôtel maléfique… Et je ne parle pas de l’Overlook.

Rebecca de Ben Wheatley (2h01 – Royaume-Uni, 2020)
Disponible dès le mercredi 21 octobre sur Netflix