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La nuit n’est pas un moment

Newsletter du 21 octobre

 

Chers lecteurs,

 

Je ne sais plus qui l’a dit, ça – que la nuit n’est pas un moment, mais un endroit.

C’est une vue de l’esprit, me rétorquerez-vous : aucune frontière, aucun traité, ne départage le jour de la nuit, ni ne leur assigne des territoires distincts et souverains ; le soir venu la lumière décline trop lentement pour figurer un marqueur fiable (c’est un genre de souci technique) ; il n’y a pas non plus (en général) de contrôles d’identité pour quitter l’un, entrer dans l’autre : on peut être à la fois du jour et de la nuit, binationaux en somme.

Il n’empêche : chez Rohmer on voit bien ce qui sépare le jour de la nuit, comme on voit ce qui sépare entre elles les saisons. (On le voit dans tant d’autres films, et chez tant d’autres cinéastes, pourquoi Rohmer me direz-vous, ce en quoi vous aurez raison ? J’ai revu beaucoup de ses films ces derniers temps : avec moi il ne faut jamais chercher très loin ni sur-intellectualiser, oooh, surtout pas.)

J’ajouterais que ces vues de l’esprit forment aussi la trame de nos vies ; nous habitons ces vues autant que nos maisons et nos appartements, les traversons comme nous traversons des rues ou des forêts, simultanément même.

Une précision : il n’est pas question ici de contester le bien-fondé du couvre-feu instauré ce 17 octobre en Île-de-France et dans huit agglomérations. Ce que j’en pense importe peu : je ne suis pas médecin, ni élu (pour tout vous dire : la plupart du temps je ne suis même pas certain d’être critique de cinéma), et quelle que soit ma position sur le sujet, à supposer que j’en aie une, je me garderai(s) bien d’aller vous l’infliger. Je ne fais que prendre la mesure de ce dont nous sommes ici privés, et que, je l’espère, tous, nous retrouverons bientôt.

En adressant au passage un message confraternel et/ou amical à celles et ceux, dans l’industrie du cinéma, les métiers de la culture, mais, bien au-delà, dans tous les corps de métiers, que le contexte sanitaire avait déjà fragilisés.

 

Portez-vous bien, chers lecteurs,

 

Thomas Fouet

 
Photo : Le Parc (Damien Manivel) Copyright Shellac

 

 

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