Rechercher du contenu

Kadaver de Jarand Herdal

Halloween approche : que diriez-vous si je vous parlais d’un petit film d’horreur, norvégien qui plus est ? Avec son second film (ne cherchez pas le premier, il est inédit), le réalisateur et scénariste Jarand Herdal ambitionne de connaître un succès identique à ceux de Dead Snow (Tommy Wirkola, 2009) et Troll Hunter (André Øvredal, 2010). Deux films à concept – les zombies nazis congelés pour le premier, les trolls des contes norvégiens en found footage pour le second – qui jouaient sur l’horreur et le fantastique de façon très différente. Kadaver (traduction : cadavre, il n’y a pas de piège) nous plonge dans un monde ravagé par une catastrophe nucléaire. Ou est-ce plusieurs ? Ça n’a que peu d’importance. Ce qui compte, c’est que dans ce futur proche, la nourriture vient cruellement à manquer. Leo – comédienne de théâtre, dans le monde d’avant -, son mari Jacob et leur fille Alice tentent de survivre, grappillant de quoi subvenir à leurs besoins dans les ruines, alors que les cadavres s’amoncellent dans les rues. Voilà qu’un jour, une caravane passe dans la rue, annonçant un événement de charité : une pièce de théâtre est organisée dans un grand hôtel reculé, et le public y a droit à un vrai repas. L’occasion est trop belle pour Leo, qui persuade son mari de s’y rendre. Mais la pièce qui est donnée dans l’hôtel est d’un genre particulier : elle se déroule dans l’ensemble de l’établissement et c’est aux spectateurs, tous masqués, d’explorer et de trouver les histoires…

Pour les amateurs du genre, Kadaver est une illustration intéressante et instructive des limites d’un film à concept lorsque, au-delà de sa bonne idée de départ, son auteur ne sait pas vraiment dans quelle direction porter son intrigue, ni ce qui fait la force véritable de cette idée. Après une mise en place propre et sans bavure, notre couple erre dans l’hôtel, et perd de vue sa fille. Les voilà partis à sa recherche, et devant percer les secrets des lieux pour espérer avoir une chance la retrouver. Autant dire que ce secret sera facilement deviné… et que plus Herdal reporte la révélation de ce secret à l’écran, moins le suspense est effectif. De la même façon, l’antagoniste qu’il façonne en la personne du directeur reste trop anecdotique pour convaincre, et les tentatives de lui accorder un semblant d’épaisseur psychologique ne prennent pas. La direction artistique est plus heureuse, conférant à l’hôtel, qui devrait être le vrai personnage central de l’histoire, une personnalité.

Le réalisateur a malgré tout de la ressource : il résout son intrigue malicieusement, d’abord par un habile rebondissement, puis en introduisant une ambiguïté non feinte qui manquait jusque là. Le trouble naît enfin, tardivement : l’échec d’Herdal n’est pas d’avoir mal digéré ses références – en vrac, tout un segment d’univers post-apo’ en mode La Route ; le huis clos aux frontières du nonsense à la Delicatessen ; l’horreur mise en scène comme dans Hostel, la provoc’ grotesque en moins – mais d’être prêt à sacrifier ses personnages en les réduisant au statut de pion au nom de la pure efficacité. Après leurs coups d’éclat respectifs, les deux compatriotes d’Herdal sont partis travailler, avec plus (Øvredal) ou moins (Wirkola) de bonheur à Hollywood. Ça tombe bien : Kadaver ressemble plus à une carte de visite pour un réalisateur compétent qu’à l’affirmation d’un auteur complet.

Kadaver de Jarand Herdal (1h26 – Norvège, 2020)
Disponible dès le jeudi 22 octobre sur Netflix