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His House de Remi Weekes

Après avoir proposé un très décevant Kadaver la semaine dernière, Netflix persiste cette semaine dans la veine horrifique (c’est de saison) avec la sortie de His House. Un premier film – et premier scénario – impressionnant par son savoir-faire. Jugez plutôt : un jeune couple, Bol et Rial, viennent de fuir la guerre au Sud-Soudan et, au terme d’un long chemin de croix, sont arrivés au Royaume-Uni. Le film va étudier le coût humain de toute forme d’immigration, mais va d’emblée placer ses protagonistes face au pire pour eux : la perte d’un enfant. Car le périple en mer a coûté la vie à la fille de Bol et Rial. Les voilà endeuillés, en “terre promise” anglaise, demandeurs d’asile dans l’incertitude quant à leur avenir. Mais ils n’ont pas l’intention de faire machine arrière, et les choses semblent enfin leur sourire : les autorités les placent dans un logement décrépi (une vraie maison, ce qui semble étonner le travailleur social – interprété par un Matt Smith sous tension – qui s’occupe froidement d’eux) avec une quasi assignation à résidence, en attendant que leur demande d’asile soit examinée et, peut-être, validée. Bol et Rial ont donc un chez-eux, certes temporaire, sinistre et délabré dans une banlieue impersonnelle, mais un chez-eux quand même. Un logement qu’ils investissent avec envie, convaincus que s’ils suivent les conseils qu’on leur donne, s’ils obéissent et s’intègrent, ils pourront de facto rester dans le pays.

© Aidan Monaghan / NETFLIX

N’oubliez pas que j’ai parlé d’un logement décrépi : His House (“sa maison”, sachant qu’on ne sait pas à qui l’adjectif possessif fait référence) conte le périple de personnages hantés, condamnés à résider dans une maison hantée. Ici, peu de doutes sur la dimension surnaturelle des situations, et c’est tant mieux : Weekes s’attache à filmer les comportements très différents de Bol et Rial face à des événements qu’ils ne comprennent pas et aux souvenirs enfouis qui ressurgissent. Dans une atmosphère aussi poétique que poisseuse, qui ne déplairait pas à Guillermo del Toro, le réalisateur fait brillamment monter la psychose, ses personnages étant aussi menacés à l’extérieur – un pays dont ils ignorent tout, et dont les habitants ne semblent pas ravis de devoir les accueillir – qu’à l’intérieur – cette maison lugubre, où les zones d’obscurité laissent émerger des fantômes aux intentions peu louables… C’est en les privant du moindre espace de protection que Weekes illustre la détresse des réfugiés, sans pour autant les réduire à des archétypes. Wunmi Mosaku et Sope Dirisu contribuent à livrer des portraits nuancés, attachants mais faillibles. Et le cinéaste mêle habilement social et épouvante avec un sens du rythme bourré d’élégance, sans pour autant sacrifier les frissons : His House est un des rares films qui vous fera frémir cette année, grâce à ses jump scares bien placés mais surtout plein de sens…

His House de Remi Weekes (1h33 – Royaume-Uni, 2020)
Disponible dès le vendredi 30 octobre sur Netflix