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The Boys in the Band de Joe Mantello

Difficile d’écrire sur le second film de Joe Mantello (après Love ! Valour ! Compassion ! en 1997) sans évoquer l’œuvre qu’il adapte : la pièce de théâtre écrite par Mart Crowley en 1968 et mettant en scène, dans le huis clos d’un appartement, un petit groupe d’homosexuels – une première pour l’époque. Car en 1968, il valait mieux garder son homosexualité pour soi, et ne pas se montrer dans l’espace public. Le débarquement en fanfare sur les planches de cette bande d’amis très hétérogène et ouvertement gay fut un tremblement de terre. Adaptée au cinéma en 1970 par un tout jeune William Friedkin, Les Garçons de la bande la pièce est devenu une référence pour la communauté LGBT+. Le film de Friedkin, justement, nous raconte une histoire parallèle : celle d’une partie de ses comédiens. Frederick Combs, Keith Prentice, Robert La Tourneaux et Leonard Frey sont tous morts du (ou de maladies liées au) Sida avant leur soixantaine. Dans le cas de La Tourneaux, ce fut dans sa quarantaine, et son homosexualité affichée lui avait coûté au préalable sa carrière.

© Scott Everett White / Netflix

Flash-forward vers 2018 : pour les cinquante ans de la pièce, Ryan Murphy en rachète les droits et en fait monter une nouvelle version à Broadway, dont le film du jour, The Boys in the Band, est l’adaptation directe. Le producteur / showrunner / scénariste / réalisateur, qui n’a jamais perdu sa fibre militante, ne bouleverse pas le propos de la pièce, au contraire : l’action se déroule toujours en 1968, et il est toujours question d’une fête d’anniversaire qui réunit un groupe d’homosexuels, fête que vient perturber une vieille connaissance de l’hôte organisateur. La fidélité au texte original a un sens profond : il s’agit de rendre hommage aux précurseurs, Crowley (mort en mars dernier) et les comédiens qui ont porté ses dialogues, et qui ont contribué à rendre visible une communauté que les pouvoirs en place souhaitaient garder invisible. Il s’agit aussi de saluer l’intemporalité de cette pièce, de rappeler la colère et l’émotion qu’elle porte, sa violence aussi. L’effet de répétition, risqué sur ce genre de projet, est évité grâce aux prestations des acteurs – mention à Jim Parsons, dans le rôle le plus exposé, mais l’ensemble du casting est à la hauteur – et à la magnifique photo de Bill Pope. Mantello s’autorise quelques fantaisies (des inserts poétiques pour les flash-backs) qui ne viennent pas menacer la pression du huis clos, ainsi qu’une conclusion sobre et mélancolique.

Pour qui aurait vu récemment la version Friedkin, la version Mantello peut sembler, malgré tout, légèrement redondante : c’est le fardeau de tout remake que de ne réussir très rarement à faire oublier une version originale mémorable. Mais cette version se permet d’être plus tendre et plus réflexive, assimilant dans son propos cinquante ans de lutte pour les droits LGBT+ et l’idée, via la persistance du personnage d’Alan, que cette lutte se poursuit.

The Boys in the Band de Joe Mantello (2h01 – États-Unis, 2020)
Disponible dès le mercredi 30 septembre sur Netflix