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[Biarritz 2020] Ofrenda de Juan Mónaco Cagni

Deux amies se retrouvent à deux âges de leur vie, sans mot dire, se laissant traverser par la force du moment présent, au sein de la douceur naturelle de la pampa argentine comme d’un lieu déserté de la périphérie urbaine.

Avec humilité, Juan Mónaco Cagni, pour sa première expérience de cinéma connue (impossible de trouver trace en ligne d’autres informations sur précédents), livre un témoignage élégiaque de son rapport au monde, où les moyens techniques du cinéma ne sont plus un frein à la connexion atemporelle de la poésie que recèle le rapport humain au réel. Il est rare au cinéma qu’une œuvre puisse prétendre à ce point au statut de poème. Et c’est avec des moyens réduits à l’essentiel et un minimalisme riche de sens que le film prend une ampleur universelle, hors du temps et de l’espace. Cette force élégiaque du cinéma se retrouve certes aussi chez Andreï Tarkovski, mais ici elle s’assortit d’un minimalisme qui part de l’individu pour toucher les questions métaphysiques du rapport au monde sans invoquer une historicité hors du cadre de la caméra. Le film est d’autant plus proche de la forme de production du poème, qu’il se construit dans le rapport immédiat d’un individu à son environnement, comme l’illustre le poète allemand Rainer Maria Rilke, cité dans le film.

Juan Mónaco Cagni s’affranchit du diktat de l’axe narratif d’un scénario en mettant en scène, à deux époques différentes, le rapport de deux personnes à de la force de ce qui les lie, sans qu’aucun mot ou presque ne soit échangé. De l’enfance aux prémisses de l’âge adulte, ces deux individus féminins se saisissent de la mémoire comme d’autant de sédiments drainés par le flux incessant de la vie, représentée par un cours d’eau. Le cinéaste vient rappeler que le cinéma est lui-même construit sur la force de sédimentation du souvenir de nos actions passées, en se libérant du prétexte d’une histoire pour représenter la magie qui se trouve toujours dans la rencontre entre deux individus. Un poème métaphysique fascinant !

Ofrenda
de Juan Mónaco Cagni
Fiction
65 minutes.
Argentine, 2020.
Couleur
Langue originale : espagnol

Avec : Alma García, Leonela Laborde, Olivia Righetti, Carla Stankievich, Carlos Mallo, Eduardo Chourrout, Patches
Scénario : Juan Mónaco Cagni
Images : Augusto Monaco
Montage : Augusto Monaco
Musique : Bruno Fitte
Son : Juan Mónaco Cagni, Augusto Monaco
Décors : Ariel Martínez
Production : 4KL
Producteur : Ariel Martínez