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Le Diable tout le temps de Antonio Campos

Le Diable, tout le temps est un titre conforme, qui ne laisse pas planer la moindre ambiguïté : oui, le diable est ici partout. Le mal contamine tous les personnages, les fait céder à la maladie, la violence, la folie. La scène introductive, lors de laquelle Willard rencontre Charlotte et Carl Sandy, n’est qu’un simulacre de bonheur. De toute manière, à de rares exceptions perverses, le bonheur est de courte durée pour les protagonistes du film. Le diable finit toujours par les rattraper et les faire se plier à sa volonté.

Pour son cinquième film – seul son deuxième, le prometteur mais inabouti Afterschool, était sorti en salles en France -, l’Américain Antonio Campos adapte Donald Ray Pollock et s’offre un casting proprement délirant. Un projet sacrément ambitieux et aussi casse-gueule… Car avec ses 10 personnages essentiels, son intrigue étalée sur près d’une vingtaine d’années, et son véritable protagoniste qui entre en scène au bout de presque 40 minutes, le film a tout pour s’écrouler sous la pression. Campos a donc recours à un procédé vieux comme le monde pour guider son public : la voix off. Ce qui devrait être un choix de facilité – et atténuer le mystère du film – se révèle une décision magistrale, puisque le réalisateur en a confié la narration au romancier lui-même. Pollock, narrateur, se fait également commentateur de l’adaptation cinématographique de son œuvre. Campos en abandonne la structure chapitrée en 7 parties, et mêle plus ou moins chronologiquement les différents récits. Celui de Willard, traumatisé par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, dont l’obsession pour la prière prend lentement le pas sur sa raison. Celui d’Helen, promise à Willard, mais qui finira dans les bras d’un prêcheur itinérant, Roy, auquel elle donnera une fille, Lenora. Celui de Sandy et Carl, couple de psychopathes qui sévit, impuni, sur les routes. Celui d’Arvin enfin : le fils de Willard doit apprendre à surmonter les démons de son père, mais aussi ceux qui dominent son environnement, fait de violence et de fanatisme religieux.

© Glen Wilson / Netflix

Bénéficiant de solides prestations – Tom Holland (qu’on retrouve loin de la tendresse gauche de son Peter Parker), Bill Skarsgård, Riley Keough, Sebastian Stan… je pourrais énumérer l’ensemble du casting – et de deux grands numéros d’acteurs – Jason Clarke en serial killer infernal et Robert Pattinson, très en verve cette année, en prêcheur fourbe -, le film séduit d’autant plus qu’il ne se complaît pas dans la violence et la prédation, mais nous entraîne dans la quête d’un individu cherchant, malgré tous les signaux diaboliques l’enjoignant à y céder définitivement, à s’y soustraire. Campos, qui se frotte à la fois à la figure du serial killer et au fondamentalisme religieux en se jouant des clichés, réussit son pari : livrer un conte macabre dont la noirceur emporte le spectateur sans le submerger.

À vendredi pour le grand retour du péplum à la française !

Le Diable, tout le temps de Antonio Campos (2h18 – États-Unis, 2020)
Disponible dès le mercredi 16 septembre sur Netflix