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[Biarritz 2020] La Fortaleza de Jorge Thielen Armand

Roque, la cinquantaine passée, est chassé du toit familial après avoir eu un accident de voiture. Il quitte Caracas, part dans la forêt vénézuélienne s’isoler dans une cabane et retrouve un vieil ami, chercheur d’or.

Le premier long métrage de Jorge Thielen Armand, qui s’intitulait La Soledad, est étroitement lié à La Fortaleza, avec toujours la présence de Rodrigo Michelangeli en tant que coscénariste, producteur et chef opérateur, devant la caméra des acteurs non professionnels interprétant leur propre rôle ou presque, et un sentiment de solitude (soledad) toujours plus profond des personnages qui cherchent désespérément une forteresse (fortaleza) pour se protéger du monde. Dans le premier film, une grande maison à Caracas était progressivement envahie par la forêt tropicale alors qu’ici c’est la forêt elle-même qui est peu à peu envahie et détruite par des chercheurs d’or, qui polluent au mercure et dévastent irrémédiablement la faune et la flore sur leur passage. Le parti pris de mise en scène fait écho aux problématiques de Werner Herzog avec ses personnages quittant la civilisation et découvrant la nature sans limite de leur propre violence intérieure, comme dans Aguirre, la colère de Dieu (1972).

La particularité de ce film est la dimension d’introspection familiale qui l’anime puisque le cinéaste a donné le rôle principal à son propre père, qui joue une histoire largement inspirée de la sienne, qui porte en outre son propre prénom et dont le fils, réalisateur vivant au Canada, est interprété par le cinéaste lui-même dans une courte séquence. Jorge Thielen Armand contrebalance l’aspect de l’autofiction en développant une mise en scène où la caméra documentaire saisit tous les éléments de fiction dans le réel, pour créer une ambiance inquiétante au cœur de la forêt traversée par des hommes armés. La bande sonore vient compléter cette dimension invisible des démons intérieurs du personnage principal, lors notamment de ses scènes d’excès éthyliques. Si le film est une belle opportunité offerte à un père d’interroger son image dans le regard de son fils, en explorant la forteresse de solitude qui l’habite, il est également une possibilité d’entrevoir la métaphore de l’état social chaotique du Venezuela symbolisé par Caracas où, à deux reprises, le personnage principal est représenté errant ensanglanté avec des habits en lambeaux et dans une indifférence générale, tandis qu’une foule de personnes faisant la queue près d’un grand graffiti d’Hugo Chávez est contrainte de fuir face à une menace non déterminée à l’image.

La Fortaleza| IFFR 2020 © International Film Festival Rotterdam

La Fortaleza
de Jorge Thielen ArmandFiction108 minutes. Colombie, Venezuela, Pays-Bas, France, 2019. Couleur Langue originale : espagnol

Avec : Jorge Roque Thielen (Roque), Yoni Naranjo (Yoni), Carlos Medina (Carlos), Leudys Naranjo (Leudys), Yoni Naranjo

Scénario : Jorge Thielen Armand, Rodrigo Michelangeli
Images : Rodrigo Michelangeli
Montage : Felipe Guerrero
Musique : Leila Bordreuil
Son : Eli Cohn
Décors : Matias Tikas
Production : In Vivo Films (France), Viking Film (Pays-Bas), Ardimages (France), La Faena Films (Venezuela), Viking Film, Mutokino (Colombie), Genuino Films (Venezuela)
Producteurs : Rodrigo Michelangeli, Manon Ardisson, Jorge Thielen Armand, Rodolfo Cova, Zach LeBeau, Kim Jackson, Felipe Guerrero, Louise Bellicaud, Claire Charles-Gervais, Marleen Slot
Vente internationale : Reel Suspects