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Enola Holmes de Harry Bradbeer

Je ne suis pas le public cible. Ce n’est pas un aveu d’impuissance, simplement une constatation : Enola Holmes est avant tout conçu pour un public d’une certaine tranche d’âge, à laquelle je n’appartiens pas. Cette formulation inutilement alambiquée ne sert qu’à retarder l’inévitable : je dois vous écrire qu’aujourd’hui, l’objet de cette rubrique est un film pour ados. Ça va me changer des serial killers et des Romains. Mais détrompez-vous, Enola Holmes n’est pas une petite récréation à prendre à la légère : ses enjeux dépassent l’écran.

Millie Bobby Brown, ça ne vous dit rien ? L’une des jeunes interprètes de Stranger Things, starifiée par son rôle d’Eleven, doit ici prouver (et se prouver) qu’elle peut porter un projet sur son seul nom. L’actrice gère sa carrière jusqu’à présent avec brio, se consacrant à Stranger Things et s’aventurant sur grand écran seulement pour Godzilla II, sorti l’an dernier, qui la plaçait logiquement en second rôle. Car la vedette, c’était le grand lézard et personne d’autre. Pour Netflix, la maison de Stranger Things, le film est un “star vehicle” pour l’une de ses actrices les plus populaires – une popularité qu’il faut faire fructifier, comme Disney a pu le faire, des années durant, avec une Lindsey Lohan par exemple*.

Enola Holmes-MILLIE BOBBY BROWN

Je ne vais pas m’attarder en détails sur ce qui pourrait mal tourner sur ce genre de projet (d’un matériel source mal choisi à des egos disproportionnés et mal encadrés, entre autres) et filer directement sur ce que constitue Enola Holmes : un divertissement de qualité, nous embarquant dans les aventures rocambolesques de la petite sœur de Sherlock Holmes. Elle est aussi têtue et douée que son aîné, beaucoup plus progressiste que son autre frère, le conservateur (et rabat-joie de profession ?) Mycroft, et va devoir mener sa première enquête suite à la disparition mystérieuse de sa mère. Le scénario très solide, signé Jack Thorne (auquel on doit, tout récemment, la minisérie The Edy et l’adaptation TV d’À la croisée des mondes), permet à MBB mais aussi au reste du casting, très judicieux, de briller. Oui, ça cabotine joyeusement, mais c’est pour le plaisir du spectateur. Surtout, l’esprit de l’ensemble, très moderne, ne paraît jamais bassement opportuniste : longtemps protégée par sa mère, Enola est une héroïne féministe qui s’ignore et découvre, ne comprend pas puis refuse les règles rétrogrades qui régissent la société de l’époque. Moins porté sur l’action que les Sherlock Holmes (2009 et 2011) pétaradants de Guy Ritchie, le film de Harry Bradbeer (son premier après 25 ans de carrière TV) fait mouche par son ton décontracté et est porté par une majestueuse BO signée Daniel Pemberton. MBB tient là son premier succès en solo, sans doute pas le dernier.

* Je ne souhaite évidemment pas la même suite de carrière à MBB.

Enola Holmes de Harry Bradbeer (2h03 – Royaume-Uni, 2020)
Disponible dès le mercredi 23 septembre sur Netflix