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Ema de Pablo Larraín

En mettant au cœur de son dernier film une danseuse prise dans une cruelle tragédie de la maternité, Larraín confronte son cinéma au renouvellement des corps et des générations, tout en retrouvant, après avoir signé coup sur coup deux biopics, son essence.

Avec : Mariana Di Girólamo (Ema), Gael García Bernal (Gastón), Santiago Cabrera (Aníbal), Paola Giannini (Raquel), Cristián Suárez (Polo), Giannina Fruttero (Sonia), Josefina Fiebelkorn (Perla), Mariana Loyola (Sara), Catalina Saavedra (Marcela), Paula Luchsinger (María), Paula Hofmann (Laura), Antonia Giesen (Renata), Susana Hidalgo (Paulina), Eduardo Paxeco (Carlos), Natalia Bakulic (Lisa), Amparo Noguera (la directrice du nouveau collège), Diego Muñoz (Facundo), Claudia Cabezas (la professeure Pancha), Paula Zúñiga (la professeure Delia), Trinidad González (la professeure Claudia), Claudio Arredondo (le directeur du collège), Gastón Salgado (le professeur Apoyo), Josué Rojas, Maykol Lara, Francisco Martínez, Emilio Edwards.

Les répétitions pour le dernier spectacle de danse mis en scène par Gastón se passent mal. Une tension de moins en moins sourde se crée entre le chorégraphe et les plus jeunes danseurs de sa troupe, dont sa propre compagne, Ema. Les disputes entre cette dernière et son mari sont nombreuses et se concentrent sur le sujet de Polo, l’enfant qu’ils avaient adopté puis rendu après que celui-ci avait accidentellement brûlé sa tante. Ema tente de revoir Polo, mais la responsable de l’adoption refuse vigoureusement, jugeant très sévèrement la décision prise par Ema et Gastón.

SUITE…

Les ressentiments s’accumulent et Ema multiplie les liaisons. Elle vit ainsi en parallèle deux aventures, l’une avec une femme mariée, Sara, l’autre avec un beau barman, Anibal. Gaston finit aussi par tromper Ema, ce qui provoque la fureur de cette dernière. Les disputes sont fréquentes et finissent toujours par revenir vers Polo et l’amour trahi qu’il avait pour “maman Ema”. La danseuse multiplie les chorégraphies avec ses amies, remettant ainsi en cause les choix artistiques de Gastón. Elle prend un travail de professeur de danse dans une école. Lors de son premier cours apparaît, parmi les élèves, Polo. Ce hasard n’en est pas un : les parents qui l’ont adopté ne sont autres que Sara et Annibal. Ema surgit dans leur maison, où elle conduit Gastón, et propose ainsi, sans paroles, une existence où tous les quatre pourraient cohabiter et s’aimer tout en élevant Polo.

Commentaire

L’étonnante carrière de Pablo Larraín est en train de ressembler à une forme de zigzag : un pour eux et un pour lui, les œuvres plus accessibles (mais pas moins fascinantes) telles No ou Jackie se mêlant aux opus plus arides et personnels comme Neruda ou Ema, donc. Dans ce film, où l’on retrouve Gael García Bernal, en train de devenir son acteur fétiche, Larraín tente une démarche presque paradoxale. Il semble en effet revenir aux sources de son cinéma, loin des grosses machines, avec une production légère et peu onéreuse, tout en pratiquant le renouvellement, par la rencontre avec d’autres formes, d’autres disciplines, d’autres corps. Plus précisément celui de l’actrice principale, Mariana Di Girólamo. Une comédienne et danseuse dont les mouvements, l’art, constituent le cœur du film, les nombreuses scènes de danse apparaissant comme l’armature du récit. Elle est vue à travers les yeux d’un García Bernal que l’on devine alter ego du réalisateur, contemplant cette jeune femme et sa danse sans toujours savoir comment justement la regarder, ou l’intégrer, à ses propres chorégraphies. Ce choc entre deux univers artistiques, entre la jeunesse et une forme de maturité, se double d’une intrigue très larraínienne, sur l’abandon par Ema d’un petit garçon adopté, et les efforts déployés par l’héroïne pour tordre le monde, la réalité, vers ses souhaits. Les démiurges du cinéma de l’auteur changent de camp : ils sont désormais observés, mais la fascination ainsi créée remplace fort bien l’identification, et font de Ema une belle nouvelle pierre dans la filmographie de l’un des plus passionnants cinéastes contemporains.

Scénario : Guillermo Calderón, Pablo Larraín et Alejandro Moreno Images : Sergio Armstrong Montage : Sebastián Sepúlveda 1er assistant réal. : Oscar Godoy Musique : Nicolas Jaar Son : Roberto Espinoza Chorégraphies : José Luís Vidal Décors : Estefanía Larraín Costumes : Muriel Parra et Felipe Criado Quiroz Maquillage : Margarita Marchi Production : Fabula Producteur : Juan De Dios Larraín Productrices déléguées : Rocío Jadue, Mariane Hartard et Andrea Undurraga Producteurs associés : Paula kraushaar, Catalina Adoni et Alfredo Adoni Distributeur : Potemkine Films.

102 minutes. Chili, 2019 Sortie France : 2 septembre 2020