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Brutus vs César de Kheiron

Alerte rouge : je vais vous parler d’une comédie française, genre d’où est, justement, généralement absente toute forme de comédie. Oui, c’est une logique (une exception ?) toute française ! Il faut imaginer le trou noir d’Interstellar absorbant toute velléité de gag réussi, pour ne laisser que quelques opportunités de sourires (quand on a de la chance), une extrême platitude ou, pire, du non-cinéma à fond réactionnaire. Mais, contrairement à des collègues que je ne citerai pas ici – non pas que cela mette leur vie en danger, ils ne sont pas les seuls à s’être mis producteurs et financiers TV à dos -, je n’ai pas cette fascination morbide pour le genre. Mais je reste curieux de comprendre pourquoi en France, patrie de Pierre Desproges, Coluche ou Titoff (cherchez l’erreur), des films comme En liberté ! ou Le Sens de la fête sont des exceptions plutôt que la norme. Comment un film coûteux comme Le Dindon peut se monter, puis faire un four en salles, sans que la grande famille du cinéma français ne se pose de question, ne remette le modèle télévisuel en cause ? Mais sus à la négativité, le sujet du jour est le nouveau film d’un cinéaste qui a tracé sa route avec deux comédies à échelle humaine, sans rires gras.

Cet homme, c’est Kheiron : avec Nous trois ou rien (2015) et Mauvaises herbes (2018), l’acteur-scénariste-réalisateur avait livré des œuvres imparfaites mais tendres et sincères. Avec Brutus vs César, il tente de passer un cap : une ambitieuse comédie en costumes, lorgnant sur l’absurde de Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, dotée d’un joli casting. Le problème, c’est que n’est pas Jean Yanne qui veut, et Kheiron n’a pas la férocité de l’illustre comédien. Brutus vs César revisite le meurtre de César, qui n’a pas lieu : Brutus, fils rejeté manipulé par deux sénateurs, rate sa tentative d’assassinat et est condamné aux jeux du cirque… Le Romain pacifiste va voir du pays, et porter avec lui, contre vents et marées, son message de tolérance et de paix.

Dans sa catégorie, Kheiron est particulièrement généreux : il offre à d’autres les meilleures répliques du film, laisse ses acteurs s’amuser – Marc Zinga, Reem Kherici en chef gauloise féministe, le toujours génial Youssef Hajdi – et laisse son scénario prendre la tangente et faire exister les personnages secondaires. Presque au détriment de son intrigue principale, et de son enjeu romantique encombrant. Et quelques répliques cinglantes ne suffisent pas à masquer le manque de rythme de l’ensemble. Brutus vs César n’est pas du tout un accident industriel comme pouvait l’être le Robin des Bois, la véritable histoire de ce pauvre Anthony Marciano : c’est une comédie qui ploie sous le poids de ses ambitions, étouffe le message de tolérance que veut porter l’auteur, et en oublie malheureusement d’être suffisamment drôle.

Le mot de la fin : scénaristes, par pitié, écrivez les rôles que vous proposez à Ramzy Bedia. Le regarder cabotiner, livré à lui-même, est usant…

À lundi (décidément, ce mois de septembre est chargé) pour faire la connaissance de la petite sœur de Sherlock Holmes !

Brutus vs César de Kheiron (1h28 – France, 2019)
Disponible dès le vendredi 18 septembre sur Amazon Prime Vidéo