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Bad Education de Cory Finley

Il y a quelque chose de satisfaisant et de stimulant lorsqu’un auteur, qu’on a repéré avec un premier film surgi de nulle part, confirme dès son second long métrage. Cory Finley avait réalisé un joli coup avec l’inclassable Pur-sang (dont la sortie en salles françaises fut massacrée), il récidive avec Bad Education, présenté à Deauville un an après son passage à Toronto, et bientôt sur OCS : un récit tout aussi acide, mais férocement drôle et très ironique dans son commentaire social.

État de New York, début des années 2000 : l’école (primaire / collège / lycée, n’oubliez pas que nous sommes aux États-Unis) de la ville de Roslyn compte parmi les meilleures de la région. Pour beaucoup, il s’agit de la réussite d’un homme, le directeur Frank Tassone, et de l’équipe qu’il a composée pour atteindre son objectif d’excellence. Sa collaboration avec son adjointe, Pam Gluckin, est fructueuse et les contribuables locaux – ravis de l’envolée du prix du foncier ! – sont sur le point de voter en faveur d’un chantier faramineux : un “Skywalk” destiné à relier tous les bâtiments de l’école… Je m’en tiendrai là pour l’intrigue, afin de vous laisser le plaisir de découvrir de quoi le scandale au cœur de Bad Education retourne. Mieux vaut souligner comment Finley réussit, par ses choix de mise en scène, à offrir une réflexion lumineuse et constamment ludique autour du système éducatif US, devenu un pur produit de la société américaine contemporaine : disproportionné et perdant de vue sa mission première, pour ne devenir qu’un jalon supplémentaire d’un capitalisme décomplexé.

Je dois vous rassurer : oui, l’aperçu que donne Bad Education de son univers est accablant. Ce qui ne veut pas dire déprimant pour vous ! Car Finley se nourrit de la noirceur et de la gravité de la situation pour élaborer une satire acerbe et percutante, avec juste ce qu’il faut de cynisme, et creusant jusque dans l’intimité de ses personnages. Pourtant, le récit, aussi enlevé soit-il, ne serait pas une telle réussite sans ses acteurs. Et la paire Hugh Jackman / Allison Janney (elle n’a plus rien à prouver, lui persiste avec bonheur à s’éloigner de son image de super-héros) fait des étincelles, parce qu’ils ne prennent jamais leurs personnages – tristement réels – pour ce qu’ils ne sont pas : des figures populaires, dont les actes édifiants et illégaux se conjugueraient avec la célébrité. Non : ils sont à la fois les coupables et les victimes, rouages faussement candides d’un système qui ferme les yeux au nom des résultats… et de l’argent, évidemment.

Rendez-vous dès vendredi pour découvrir les aventures d’un gorille sur Disney+ !

Bad Education de Cory Finley (1h44 – États-Unis, 2019)
Diffusion le dimanche 13 septembre 2020 à 20h40 sur OCS City
Puis disponible à la demande sur OCS