Rechercher du contenu

Le Colocataire : entretien avec Gaston Re

Copyright Optimale Distribution

Le Colocataire, le nouveau long métrage de Marco Berger, est en salle depuis ce mercredi 1er juillet : nous avons rencontré son acteur fétiche, Gaston Re, qui en tient l’un des rôles centraux.

Pour commencer, une question simple : comment allez-vous ?

Je donnais des cours de yoga depuis chez moi pendant le confinement, donc, pour ce qui est du travail, tout va bien ! En Argentine comme en France, le confinement “détruit” l’économie, je suis contre sa prolongation. Il y a tellement de problèmes plus graves sur Terre, à commencer par la grippe, qui fait davantage de victimes que le Covid-19, ou d’autres sujets comme Monsanto, Coca-Cola ou encore les enfants qui meurent de faim. Pour moi c’est ça, le plus dangereux pour notre société aujourd’hui. C’est une situation qui me stresse beaucoup quand j’essaye d’imaginer comment on va s’en sortir. Du coup, régime yoga, je reste à la maison !

Dans Le Colocataire, vous tenez le rôle de Gabriel, un grand timide qui en a gros sur le cœur. Le réalisateur, Marco Berger, a-t-il écrit ce rôle pour vous ?

Oui ! Nous nous sommes rencontrés avec le film Taekwondo, il a plus de 5 ans. Nous sommes devenus très proches, nous parlions beaucoup du fait que nous voulions continuer à travailler ensemble et, pendant des vacances, ce vœu a été de nouveau été. Il m’a proposé un rôle qui ne correspondait pas à celui que je suis au quotidien. Dans Taekwondo, j’avais déjà le profil d’un charmeur, du “blond” (en Argentine, il n’y a pas énormément de blonds) et l’idée était de modifier la perception que l’on pouvait avoir de mon jeu.

Dans la vie, vous ne ressemblez pas à Gabriel ?

Non, c’est un garçon de banlieue timide, qui ne parle pas, c’est loin de ce que je suis au quotidien. En Argentine, on m’appelait pour des rôles de beaux garçons, ou de la haute société, prêts à faire de la publicité. C’était l’occasion de montrer que je pouvais interpréter d’autres rôles, que j’étais un comédien davantage qu’un objet publicitaire.

Vous partagez l’affiche avec Alfonso Barón qui tient le rôle de Juan, votre colocataire. Il y a eu beaucoup de castings et d’essais pour former ce duo ?

Non, on a parlé de ce projet avec Marco, qui me disait vouloir faire un film expérimental depuis longtemps, avec deux garçons qui ne parlent pas, un film presque muet, et qui aurait pour titre Le Glaçon. Il m’a proposé de l’accompagner, j’ai accepté et c’est en pensant à cette histoire qu’est né Le Colocataire. Il voulait l’écrire et le réaliser, mais il était bloqué pour la production : je lui ai proposé mon aide avec un ami. Quand on a commencé à chercher l’acteur pour interpréter Juan, on s’est demandé avec qui on voulait travailler et son nom est apparu. Je ne le connaissais pas mais je l’avais vu dans une pièce de théâtre, tandis que Marco aimait beaucoup son énergie. Le choix s’est fait assez rapidement ! C’était très bien de travailler avec eux deux.

C’est la troisième fois que vous travaillez avec Marco Berger mais ici, il n’y a presque pas de dialogues, c’est finalement le corps qui, davantage, s’exprime : à quoi ressemblait la direction d’acteur ?

Oui, c’est la troisième fois après Taekwondo et El Fulgor. J’adore travailler avec Marco, il pense beaucoup à ses acteurs. Il y a les questions de lumières et de cadrage évidemment, mais sa vision du cinéma est centrée sur les comédiens. Selon lui, si l’on se focalise trop sur la lumière ou le décor, c’est que l’histoire ne nous intéresse pas. J’aime faire des films pour des gens qui aiment écouter ou entendre des histoires, pas pour des experts en lumière ou en cadrage. Sur le plateau, il t’explique comment il voit le personnage. Ensuite, il te laisse faire. Si ça ne va pas, il te corrige. Avec ce personnage, j’avais un peu peur de ne pas réussir, tant il était éloigné de moi. Il m’a dit : “Ne t’inquiète pas, si je vois que ça ne marche pas, je te dirigerais comme Almodóvar”, c’est-à-dire qu’une fois devant la caméra, il te dit : “Fais ci, fais ça”, en contrôlant tes gestes et tes paroles.

Vos personnages représentent deux homosexuels qui cachent leur identité en Argentine. Le contexte social est-il plus lourd qu’en France sur la question de l’identité sexuelle ?

Oui, je pense que c’est différent. En Argentine, nous sommes encore en retard en comparaison de l’Europe. A Buenos Aires, depuis ces cinq dernières années, les choses commencent, petit à petit, à avancer. Concernant la banlieue française, ce n’est pas l’endroit où l’on est le plus à l’aise mais en Argentine, la banlieue est extrêmement compliquée, on parle beaucoup des “pédés”, l’insulte “maricón” est courante ! Dans le film, un père dénigre un personnage sur son physique parce qu’elle est homosexuelle : c’est exactement comme ça que ça se passe en Argentine.

Le film est très attendu par la communauté LGBT en France, qui sort au lendemain du mois des fiertés : vous avez même été récompensé par le festival Chéries-Chéris par un prix d’interprétation.

Le prix m’a énormément apporté : c’est une reconnaissance. Je le regarde justement pendant que je vous parle, il est juste à côté de moi… Je ne m’y attendais pas du tout, c’est mon premier prix. En Argentine, le film n’a pas eu énormément de succès, à cause de son sujet, qui n’est pas très bien vu, d’autant plus que le réseau culturel est très peu financé, contrairement à ce qui se passe en France. La salle qui projetait le film a fermé. Il a dû rester deux mois et demi à l’affiche, mais la séance était toujours complète.

Malgré l’angle gay avec lequel il est vendu, Le Colocataire ne s’adresse pas uniquement aux homosexuels.

Effectivement, il s’adresse à la société entière, c’est une histoire d’amour universelle, elle devrait toucher un grand nombre de gens.

Quels sont vos futurs projets ? Au théâtre comme au cinéma ?

Avec Marco, nous avons un projet sur lequel il est en train d’écrire : nous voulons qu’il soit français et qu’il se tourne en France, mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment ! Marco ne parle pas français, c’est un vrai défi. J’ai aussi écrit une pièce de théâtre pendant le confinement, qui parle d’une histoire vraie en Argentine, et je voudrais qu’elle soit jouée en Argentine et en France.

Entretien réalisé par téléphone en juin 2020 par Florian Fessenmeyer

Retrouvez notre critique du Colocataire.