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Cinéma, critiques et féminisme

En marge des Chroniques du cinéma confiné que nous avons publiées tout au long des trois mois de fermeture des salles de cinéma, nous avons mené une correspondance avec Iris Brey, doctorante en cinéma et ancienne membre du comité de rédaction des Fiches au début des années 2010, qui venait de publier son second essai, Le Regard féminin, une révolution à l’écran. Nous en avons tiré une interview au long cours, qui constitue une sorte de bonus track d’un album qui s’est révélé en quête de sens sur les modes et les façons de faire du cinéma.

Passée la sidération de constater que tout peut s’arrêter comme si l’on était dans un film diffusé sur une plateforme en ligne et que le spectateur du monde avait appuyé sur pause, nous avions là la possibilité de voir défiler nos pensées sur un écran désormais blanc. C’était finalement une chance car les semaines qui avaient précédé le confinement ont été particulièrement agitées dans le milieu du cinéma et l’écho du bruit social était strident. Nos cerveaux cognaient les parois de nos crânes, enjoints à se positionner ici sur l’affaire Haenel, là sur l’affaire Polanski. Et la teneur des débats tendait à polariser les réflexions autour d’un principe d’identification. La lutte féministe est portée par des femmes. La lutte anti-raciste est portée par des racisés. La lutte pour la justice sociale est portée par des pauvres. La lutte écologique est portée par des vegan. Etc. Or l’injonction à catégoriser systématiquement ces luttes permet généralement de clore les débats. Avoir un point de vue sur la famille Traoré, sur Marion Cotillard ou sur Iris Brey détourne du sujet. En revanche, observer ce qui bouge et essayer de comprendre ce qui coince permet, par exemple, de réfléchir aux raisons et à l’impact d’un contrôle systémique des individus racisés sur le territoire français ; de questionner nos modes de production, conçus pour maintenir un niveau de consommation débridé ; d’accueillir l’idée que la prise en compte du regard féminin dans nos sociétés constitue une révolution, que ce soit à l’écran, à la tête de grandes villes ou dans la chambre à coucher.

Nous pouvons avoir des réserves sur l’essai d’Iris Brey, nous méfier du principe consistant à poser une grille de lecture trop précise sur une œuvre d’art, craindre que l’inconscient d’un artiste soit policé et les pulsions nettoyées… Cependant prendre en compte la sous-représentation de l’expérience féminine dans le cinéma ne devrait pas constituer un acte clivant. Et d’un point de vue critique, et cinéphile, cette ouverture vers un regard féminin est un premier pas décisif pour ouvrir le champ des possibles à de nouvelles formes, de récit et de mise en scène. Ne serait-ce que pour cela, il nous semble important de ne pas balayer le problème. Voire même de l’élargir à d’autres sphères que le genre.


Lire notre Conversation avec Iris Brey

EAN : 9782823614077
252 pages
Éditeur : EDITIONS DE L’OLIVIER (06/02/2020)