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Abou Leila de Amin Sidi-Boumédiène

Algérie, 1994. Deux amis d’enfance, tous deux policiers mais l’un solide et professionnel, l’autre abritant la bombe à retardement d’une fragilité psychologique, recherchent un mystérieux terroriste. Un premier film ambigu, troublant et original.

Avec : Slimane Benouari (S.), Lyes Salem (Lotfi), Azouz Abdelkader (Abdel Karim), Fouad Megiraga (Mohamed), Meryem Medjkane (Meriem), Hocine Mokhtar (Abou Leila), Samir El Hakim (le gendarme en chef).

Algérie, 1994. En pleine guerre civile, Abou Leila abat un homme puis échappe à une patrouille de police en tuant un agent. Le flic anti-terroriste Lotfi emmène dans le désert S., qui prétend savoir où se trouve Abou Leila. Lotfi tient informé un certain Kamel. Ils tombent sur un accident de voiture, dans lequel un enfant a perdu la vie. Dans un village, en proie au doute, Lotfi se met en colère contre S. et le tue. Mais ce n’est qu’une des hallucinations dont est parfois victime S. Ils s’arrêtent dans un bar. Lotfi apprend que trois enfants ont été massacrés à Issouane. Dans un dortoir où ils passent la nuit, S. se réveille et voit des chèvres manger le cadavre de Lotfi. Terrifié, il les massacre avec une machette.

SUITE…

Pris d’une crise, S. a en vérité tué une famille innocente. La police arrivant, il voit Abou Leila sur le parking et se lance à sa poursuite avec la voiture de Lotfi. Merlem, photographe, et deux hommes de la famille des enfants tués à Issouane, le retrouvent évanoui dans le désert. Alors qu’il se remémore une légende que lui racontait sa mère, S. retrouve Lotfi. Délirant à nouveau, il voit Abou Leila dévorer, tel un chacal, un des deux guides de Merlem. Il le tue, puis meurt la gorge tranchée par “l’animal”. On le retrouve avec la patrouille du début : le flic abattu meurt dans ses bras. Lotfi admet à son chef, Kamel, avoir aidé S. à intégrer la police tout en sachant qu’il était mentalement inapte. Or, S. en est mort. Lofti voit une dernière fois S. dans le désert, arme son pistolet et se tourne vers l’horizon.

Commentaire

Notable découverte de la Semaine de la Critique 2019, ce premier long métrage affiche une volonté d’échapper au folklore des cinémas du Maghreb, par une embardée du côté des genres : western crépusculaire, thriller poisseux, voire fantastique ou horreur. Pour autant Abou Leila n’est pas de ces films qui cherchent à échapper à leur terre natale en se rêvant internationaux, c’est-à-dire américains. C’est au contraire un film qui s’appuie sur un ancrage profond dans l’Histoire et la géographie de son pays d’origine : l’Algérie. La plus grande singularité formelle du film est d’opérer une jonction sans couture entre le cauchemar et la réalité. Par le biais d’une mise en scène semant subtilement la confusion en donnant des tonalités mystérieuses à l’ordinaire et de troublants effets de réel aux rêves, Sidi-Boumédiène compose un univers où tout n’est que glissements, où l’équilibre vacille sans cesse et où on ne sait jamais avec certitude de quel côté du miroir on est. Déclinant encore ce sens du décalage, il transforme ce qui pourrait être un duo comique de “buddy movie” (le flic taciturne et son boulet fragile) en tandem tragique et anxiogène. Par cet ensemble de stratégies, le cinéaste s’emploie à décoller son propos du réalisme strict, pour aller à plus essentiel. Ainsi, dans son approche il renvoie les épisodes sanglants qui ont écorché l’Algérie des années 1990, non pas à leurs causes politiques et historiques, mais à leurs racines pulsionnelles, à une violence fondamentale qui finalement se réincarne dans chaque conflit, quel que soit le lieu ou l’époque. Cette remontée vers les origines du mal est donc le sens véritable du chemin qu’empruntent le film et ses personnages en croyant courir après l’hypothétique terroriste Abou Leila. Et il est beau et effrayant de se perdre avec eux.

Scénario : Amin Sidi-Boumédiène Images : Kanamé Onoyama Montage : Amin Sidi-Boumédiène 1er assistant réal. : Amine Kabbes Scripte : Sandra Di Pasquale Son : Mohamed Amine Teggar, Nassim El Mounabbih et Benjamin Lecuyer Décors : Hamid Boughrara et Laurent Le Corre Casting : Karine Bouchama Production : Thala Films et In Vivo Films Producteurs : Yacine Bouaziz, Fayçal Hammoun, Louise Bellicaud et Claire Charles- Gervais Producteur associé : Michel Merkt Distributeur : UFO Distribution.

133 minutes. Algérie – France, 2019 Sortie France : 15 juillet 2020