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The Great Green Wall de Jared P. Scott

 

La chanteuse malienne Inna Modja nous présente la “Grande muraille verte”, un projet de restauration des terres sahéliennes traversant 11 pays d’Afrique et par là-même ses habitants. Un documentaire revigorant, et que les enjeux exposés rendent incontournable.

Avec : Inna Modja, Songhoy Blues, Didier Awadi, Betty G., Waje.
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“Le contrat n’est pas simple mais nous avons le potentiel humain pour relever le défi”, adjure Inna Modja avec une roborative conviction. Sous les auspices de Thomas Sankara qui, dans les années 1980, appela les Africains à “oser inventer l’avenir” émancipés des colonisateurs, ce qu’il paya de sa vie, The Great Green Wall démarre comme un énième appel à la conscience écologique sur fond de soul, blues, hip-hop et musiques africaines pour s’achever en une extraordinaire profession de foi appelant à la responsabilité, à la dignité et à la solidarité entre les peuples et les générations. Alternant caméra à l’épaule et plans fixes, images d’archives parfois déchirantes (famines en Éthiopie de 1984-85, calvaire des migrants, massacres de Boko Haram, etc.) et interviews d’artistes africain(e)s ou de responsables impliqués dans cet immense rêve, la musicienne malienne Inna Modja, née Fanta Bocoum, repérée pour sa voix à 14 ans par Salif Keita, nous fait découvrir ce projet inouï dont elle est l’ambassadrice, au fil d’une itinérance qui la (nous) mènera du Sénégal à l’Éthiopie. Un voyage Ouest-Est quasi symbolique tant il se révèle lumineux ! “Avant ce voyage, j’ai compris que je ne savais rien” confie-t-elle avec humilité. Nous non plus. L’enjeu ? Démontrer avec pédagogie et empathie que The Great Green Wall, lancé en 1970 par les Africains eux-mêmes et qui devrait s’achever en 2030, représente une alternative simple et efficace pour endiguer, malgré les conflits en cours, le dérèglement climatique, la désertification, les famines et l’émigration vers l’Europe qui, en 2050, pourrait toucher 60 des 350 millions d’habitants que la région du Sahel devrait alors compter. Comment ? En restaurant 100 millions d’hectares de terre, en absorbant 250 millions de tonnes de carbone et en créant 10 millions d’emplois “verts” (80 % des habitants vivent du secteur agricole) grâce à une ceinture verte d’arbres représentant trois fois la Grande barrière de corail. 15 % des objectifs ont déjà été atteints. Soit 5 millions d’arbres plantés au Niger, 3 millions au Burkina Faso, 15 en Éthiopie et 17 millions au Sénégal. “Sous forme de mosaïques même si l’on a une impression de bande compacte”, insiste le Colonel Papa Sarr, directeur technique de l’Agence nationale sénégalaise de la Grande muraille, soulignant qu’il s’agit de chantiers locaux, permettant à la fois de faire travailler les habitants sur place et d’ainsi les enraciner. Il en ressort un sentiment d’évidence qui nous ferait presque honte de ne pas l’avoir envisagé plus tôt. “Je me libérerai avec toi… Je me tiendrai à tes côtés… […] Relève la tête […] Unis, levons-nous, battons-nous” chante Inna Modja dans Rise,en conclusion de ce pénétrant voyage entre champs et chants, rappelant le lien indissoluble entre culture du sol et culture intellectuelle. Une nouvelle Internationale parachevant on ne peut plus judicieusement ce beau film financé par les Nations Unies (Convention sur la lutte contre la désertification) et sélectionné à la Mostra de Venise 2019, aussi revigorant sur la forme que noble dans sa cause.

Images : Tim Cragg Montage : Pilar Rico Musique : Charlie Mole Chansons : Inna Modja Son : Adam Prescod Production : MAKE Waves Producteurs : Sarah MacDonald, Jared P. Scott, Nick North, Charly W. Feldman Producteurs exécutifs : Fernando Meirelles, Sarah MacDonald, Alexander Asen, Rhea Guest, Sian Kevill, Fabrizio Zago, Camilla Nordheim-Larsen, Claude Grutnitzky Producteurs associés : Elvis Paul Tangem, Trner Harr, Robert Bisset, Rémi Hémeryck Distributeur : L’Atelier Distribution.

92 minutes. Royaume-Uni, 2019 Sortie France : 24 juin 2020