Rechercher du contenu

Nuestras madres de César Díaz

Sorti du bois de manière tout à fait inattendue pour rafler la Caméra d’or 2019 au nez et à la barbe de ses compétiteurs et de la presse française, passée largement à côté dans son ensemble, Nuestras madres de César Díaz met en scène Ernesto, jeune anthropologue guatémaltèque dont le travail à l’institut médico-légal consiste à localiser les charniers et identifier les corps – des ossements pour l’essentiel – des victimes des différentes dictatures militaires et de la guerre civile qui déchira le pays pendant plus de vingt ans. Tandis que se succèdent les procès des militaires et les auditions des proches de victimes, le témoignage d’une femme le met sur la piste de sa propre histoire, de son propre père en particulier dont la légende familiale a fait un guérillero disparu pendant la guerre. Il s’ensuit un film enquête captivant à plus d’un titre.

En vertu de ses dispositions à documenter les terribles années qu’a traversées le Guatemala d’une part, le minutieux travail de reconstitution des squelettes de l’autre, lequel s’apparente à un art consommé du puzzle. Puzzle à double fond en l’occurrence où, à la recomposition des corps se superpose la réécriture du roman familial, la reformulation de l’image lacunaire qu’Ernesto se faisait de son père. Grâce ensuite à une mise en scène élégante et sobre qui s’équilibre intelligemment entre la dimension documentaire du film et sa part fictionnelle dont Ernesto et sa mère sont les troublants protagonistes. En se tenant enfin à juste distance de son douloureux sujet, du pathos propre à ce travail collectif de deuil et de réparation auquel le film semble coopérer comme naturellement et des prévisibles émotions qui pourraient lui coller à la peau, César Díaz signe un premier film remarquable qui mérite largement le prix prestigieux dont il a été gratifié.

Nuestras madres de César Díaz – en VOD le 16 juin 2020.