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Mosquito de João Nuno Pinto

 

En adaptant l’histoire de son grand-père, jeune militaire portugais parti en 1917 défendre le Mozambique contre les troupes allemandes, João Nuno Pinto livre un film d’une grande force visuelle et sonore, privilégiant (trop ?) le sensoriel sur le narratif.

Avec : João Nunes Monteiro (Zacarias), Sebastian Jehkul (Rudolph Torsten), Filipe Duarte (le lieutenant), Josefina Massango (Murima) Miguel Moreira (le Père Mendes), João Lagarto (le sergent Justino) Alfredo Brito (le commandant), Miguel Borges (le soldat Sabino) Cesário Monteiro (le soldat sur la plage), João Vicente (le soldat Cardoso), Manuel João Vieira (le médecin), Nuno Preto (le soldat Nortenho), António Nipita (Duarte), Messias João (Nhanguete), Mário Mabjaia (Sulaimane), Hermelinda Simela (Ekumi), Maria Clotilde (Malolo), Gigliola Zacara (M’pelele).

Mozambique, 1917. Zacarias, jeune Portugais de 17 ans fraîchement enrôlé dans l’armée, débarque avec une compagnie de soldats pour protéger le pays des troupes allemandes. Quelque temps plus tard, il se retrouve seul à traverser la savane en compagnie de deux guides locaux. Après une halte dans un fort tenu par un lieutenant démissionnaire, Zacarias reprend la route à la recherche de sa compagnie, qui l’a, semble-t-il, laissé derrière. Les conditions éprouvantes du périple le plongent dans un état second. L’un des guides tente de s’échapper avec les vivres ; Zacarias le tue d’un coup de fusil. Le lendemain, l’autre guide a disparu. Épuisé et livré à lui-même, Zacarias est atteint d’une forte fièvre.

SUITE… Il est soigné par un soldat errant, avec qui il marche quelques jours, avant de se retrouver seul à nouveau. Épuisé, il est recueilli comme prisonnier dans un petit village dans lequel ne vivent que des femmes et des enfants. Après quelque temps en leur compagnie passé à les aider dans leurs tâches agricoles et à apprendre leurs coutumes, Zacarias parvient finalement à s’enfuir, et reprend sa marche. Il capture un soldat allemand ayant déserté. Les deux hommes sympathisent et finissent par retrouver, enfin, la compagnie de Zacarias postée au bord d’un lac. Le sergent Justino lui annonce que la guerre est terminée, mais ses hommes massacrent le soldat allemand. Le soir au coin du feu, Zacarias laisse volontairement un lion dévorer Justino.

Commentaire

Dix ans après son premier long métrage America, João Nuno Pinto adapte librement l’histoire de son grand-père, envoyé avec l’armée portugaise pour libérer le Mozambique des troupes allemandes durant la Première Guerre mondiale. Mosquito est une plongée enfiévrée au cœur d’une terre aux paysages aussi rudes que magnifiques, au climat éprouvant et à la faune inquiétante. Tout le film est centré sur le personnage du jeune Zacarias, filmé en gros plan, caméra à l’épaule et en très grande focale – rendant son environnement flou et omniprésent, à l’image d’une bande-son très immersive, mêlant cris d’animaux, nappes synthétiques et toute une palette de sonorités faisant de la nature un personnage à part entière. Très vite, à l’aide de subtiles ellipses qui sont autant de sauts, en avant comme en arrière, dans le temps du récit, toute notion de temporalité linéaire s’évapore. Ne reste que la marche, de plus en plus hallucinée, troublée par la faim, la soif et la maladie, d’un jeune soldat s’accrochant désespérément à sa fierté militaire et à ses convictions patriotiques, confronté à un pays, un conflit et une animalité (celle des hommes comme celle des bêtes) auxquels il ne comprend rien. À mesure de son avancée dans ce voyage initiatique aux allures de cauchemar, Zacarias va apprendre la violence des êtres, l’absurdité des choses, et voir tanguer fortement les frontières de la moralité. Cette atmosphère oppressante, tenue de bout en bout, constitue à la fois l’atout original du film et sa limite – car, à force de privilégier la sensation à tout prix, l’ensemble finit par devenir un peu désincarné…

Scénario : Fernanda Polacow, Gonçalo Waddington et João Nuno Pinto Images : Adolpho Veloso Montage : Gustavo Giani 1er assistant réal. : Cesário Monteiro Musique : Justin Melland Son : Gita Cerveira, Tiago Raposinho et Matthieu Deniau Costumes : Lucha d’Orey Dir. artistique : Nuno Gabriel Mello Maquillage : Nuno Miguel Esteves Casting : Ricardo Moura Production : Leopardo Filmes Coproduction : Alfama Films, APM Produções, Delicatessen Films et Mapiko Filmes Producteur : Paulo Branco Producteurs exécutifs : Ana Pinhão Moura et Enrico Saraiva Coproducteurs : Ana Pinhão Moura et Mario Peixoto Distributeur : Alfama Films.

122 minutes. Portugal – France – Brésil, 2020 Sortie France : 22 juin 2020