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[Chronique 87] Eugenio Renzi, critique

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Eugenio Renzi est critique de cinéma. Il a collaboré aux Cahiers du cinéma et à la revue en ligne Independencia. Il écrit pour le quotidien italien Il Manifesto et anime depuis le début du confinement un ciné-club consacré à la VOD.

Après deux mois de confinement, dans quelle situation matérielle êtes-vous et quel est votre état d’esprit ?

Cela fait longtemps que je ne vis plus de piges – même si cela représente toujours une partie considérable de mes revenus. Et par ailleurs je n’ai pas arrêté de travailler. Au contraire, je n’ai jamais autant écrit de ma vie. Concernant mon état d’esprit, le bilan (pour l’instant) est contrasté. Je n’ai jamais été inquiet (entre autres parce que je n’ai pas perdu mon salaire). Mais la crise impose une réflexion. Je me suis souvent demandé si je ne devais pas changer complètement de mode d’existence. Mais c’est une question difficile à poser. À quel moment de la journée s’interroge-t-on sur la conduite à tenir pour le reste de sa vie ?

Ce temps vous a-t-il permis, individuellement ou collectivement, de développer des stratégies ou des occupations pour vous adapter à ce moment d’arrêt quasi complet du cinéma ?

Quand j’étais aux Cahiers, je faisais comme la plupart des critiques et des journalistes : j’allais aux projections de presse, de manière à écrire sur les films au moment de leur sortie. Plus tard, à Independencia, j’ai délaissé cette pratique. J’avais une carte verte (qui permet l’entrée gratuite dans les salles de cinéma) et la publication sur internet permet d’écrire le jour de la sortie et même un peu après. Il y avait là un peu de paresse. Et aussi un parti pris. Le privilège de regarder les films en projection de presse semble justifié par le fait d’avoir un regard avisé. En vérité, c’est plutôt l’inverse. Ce privilège entretient l’illusion d’un regard critique. Bref, à Independencia on regardait les films en salle. Ce qui en général est bien plus agréable. Et puis finalement cette période aussi s’est achevée. Aujourd’hui j’écris pour un quotidien, Il Manifesto, mais je n’ai pas repris les projections de presse. Je n’écris que sur des objets qui circulent dans les salles ou sur internet. Aussi, profite-je un peu du décalage entre la France et l’Italie. Tout cela pour dire que je n’ai pas attendu le virus pour me confiner (du monde du cinéma). Mais l’épidémie m’a donné de nouvelles idées. Et notamment celle d’un ciné-club consacré à la VOD que je tiens de manière hebdomadaire sur le site du Médiatv.

Est-ce que vous avez lu, vu ou entendu des choses qui vous aident à penser la situation dans laquelle nous sommes ?

J’ai lu des articles intéressants… Mais je dirais que cette situation précède la crise actuelle. Je crois qu’il faudrait repartir du livre enquête Le Milieu n’est plus un pont mais une faille. Il dénonçait un processus qui est aujourd’hui arrivé à son terme. Le milieu n’existe plus. Il ne s’agit plus de le défendre. Il s’agit de construire autre chose. Mais quoi ?

Si le cinéma et les différentes professions qui le composent sont dans la nécessité de se réinventer à l’issue de cette crise, à quoi pensez-vous qu’il faille être particulièrement attentif ? En quoi placez-vous vos espoirs ?

Avant de parler d’espoir, je parlerais de ce qu’on peut raisonnablement exclure. On sait que, du côté du CNC, rien ne viendra de bon. Le nouveau directeur est un vrai macronien. Et le macronisme est l’ancien monde déguisé en nouveau monde. Pire : c’est le problème qui fait semblant d’être la solution. On le voit bien quand Macron parle de l’Hôpital. Même chose pour l’art et le cinéma. Il suffit de voir ce qu’on a nommé au ministère de la Culture… No comment. D’autre part, y a-t-il un espoir ? Je n’ai pas vraiment de solution sous la main. Mais les seuls projets qui me semblent faire sens en ce moment sont ceux qui partent des salles, là où les programmateurs s’organisent pour tisser un lien avec la communauté locale, le quartier, la ville, la cité.

Le ciné-club d’Eugenio Renzi : https://www.lemediatv.fr/auteurs/eugenio-renzi-ZPa0kBChQ6-IbRS8mP8Yiw/articles


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.