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[Chronique 80] Benjamin Untereiner, coordinateur de circuit itinérant

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Benjamin Untereiner est coordinateur de circuit itinérant au sein de l’association Cinécran 81.

Après deux mois de confinement, dans quelle situation matérielle êtes-vous et quel est votre état d’esprit ?

Ma situation matérielle n’est pas mauvaise : j’ai pu conserver mon salaire et j’ai fait des économies en raison des voyages ou activités que j’ai dû annuler avec le confinement. De ce côté-là, ça va.

Mon état d’esprit est plus capricieux, et mes pensées balancent sans cesse de l’inquiétude à l’espoir, de l’intime au collectif. Ça a été et c’est toujours une situation tellement inédite que j’ai à la fois l’impression de ne penser qu’à ça, et d’avoir toujours un temps de retard, d’adaptation, par rapport à l’événement.

Ce temps vous a-t-il permis, individuellement ou collectivement, de développer des stratégies ou des occupations pour vous adapter à ce moment d’arrêt quasi complet du cinéma ?

En tant que circuit de cinéma itinérant, nous sommes un cas un peu particulier parmi les exploitants. D’une part, en tant que structure associative générant très peu de trésorerie, nous n’avons pas les moyens matériels (ni, en vérité, les compétences) de mettre en place des solutions alternatives et technologiques à la salle du type VaD. Et d’ailleurs je pense que ce serait presque antinomique, pour un circuit itinérant, de proposer un service virtuel alors que notre fonction est au contraire de nous approcher au plus près de la réalité physique des gens. Nous n’aurions aucune plus-value par rapport à tous les sites de VaD qui existent – comme La Cinetek, que je recommande.

D’autre part, notre travail repose en partie sur les localités au sein desquelles nous installons nos séances, donc la reprise se fera aussi en fonction de leurs attentes et de leurs possibilités matérielles.

Nous devons recevoir très bientôt le Guide sanitaire de réouverture élaboré par la FNCF (la Fédération Nationale des Cinémas Français, ndlr) et validé par le gouvernement. On verra quelles mesures précises il contient, mais je me doute que nous devrons très probablement adapter certaines mesures qui seront pensées pour des salles fixes.

Parce que les séances en plein air ou dans des salles des fêtes, c’est très différent d’une salle “classique”. J’ai parfois l’impression qu’en haut lieu, on ne connaît tout simplement pas notre existence.

Est-ce que vous avez lu, vu ou entendu des choses qui vous aident à penser la situation dans laquelle nous sommes ?

Pas tellement. Beaucoup d’acteurs de la filière cinéma disent que les choses ne seront plus pareilles qu’avant, qu’il va falloir changer des choses pour s’adapter à une nouvelle réalité. Mais en fait, je crois que tant que les cinémas n’auront pas effectivement réouvert, nous ne pourrons pas savoir vraiment quelle sera cette “nouvelle réalité” du cinéma. Donc à mes yeux, ça reste encore un peu flou.

Si le cinéma et les différentes professions qui le composent sont dans la nécessité de se réinventer à l’issue de cette crise, à quoi pensez-vous qu’il faille être particulièrement attentif ? En quoi placez-vous vos espoirs ?

Les contraintes sanitaires seront plus pesantes pour les petites structures, c’est certain, qu’il s’agisse des petits tournages ou des petits exploitants. Donc on peut craindre une poursuite de la concentration des pouvoirs. Et vu l’évolution du CNC (de plus en plus technocratique, de plus en plus déconnecté des réalités quotidiennes de beaucoup des acteurs de terrain), je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup à en attendre. Il va falloir que certains d’entre nous fassent preuve de beaucoup d’imagination !

Vous arrive-t-il d’imaginer à quoi pourrait ressembler un film post-Covid 19 ?

Le film post-Covid ultime, ce serait un montage de vidéos facebook illustrant la période, non ?


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.