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[Chronique 78] César Díaz, réalisateur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

César Díaz est réalisateur. Son premier long métrage, Nuestras madres, présenté à la Semaine de la critique en 2019, a reçu la Caméra d’or du Festival de Cannes.

Après deux mois de confinement, dans quelle situation matérielle êtes-vous et quel est votre état d’esprit ?

J’ai envie de croire au fait que nous avons appris quelque chose de ce confinement, que nous avons retrouvé un esprit de solidarité et d’entraide, que nous avons compris les dégâts que nous faisons à la planète, et que nous allons changer. Encore une fois, je ne suis pas naïf… J’ai dit que j’avais envie d’y croire.

Ce temps vous a-t-il permis, individuellement ou collectivement, de développer des stratégies ou des occupations pour vous adapter à ce moment d’arrêt quasi complet du cinéma ?

Le cinéma me manque, l’expérience collective et le fait d’être dans une salle obscure mais je pense que les stratégies pour travailler à distance ont été très importantes. On peut travailler à distance, et l’on peut se servir des outils modernes pour le faire. Ceci dit, ça va être compliqué de revenir aux tournages avec des figurants, les extérieurs, etc. On devra adapter les scénarios. 

Est-ce que vous avez lu, vu ou entendu des choses qui vous aident à penser la situation dans laquelle nous sommes ?

La philosophie, Zizek et Byung-Chul Han notamment, ont été très importants pour repenser le monde et cette “nouvelle normalité” ; ce sont des philosophes que je suis de très près et qui me nourrissent énormément.

Si le cinéma et les différentes professions qui le composent sont dans la nécessité de se réinventer à l’issue de cette crise, à quoi pensez-vous qu’il faille être particulièrement attentif ? En quoi placez-vous vos espoirs ?

Il faudra être attentif à ne pas laisser l’humain de côté ; s’il y a bien une chose que nous avons apprise, c’est que nous sommes tous dans le même bateau et que nous avons besoin les uns des autres : penser que nous pourrions sortir seuls de cette crise serait une erreur, nous allons en sortir ensemble, si nous pensons d’une manière globale. Je place mon espoir dans le rôle de l’État, je crois dans les institutions qui nous représentent et dans l’idée que l’on y participe de façon active. Je pense aussi que ce temps a permis un espace mental pour la création, et que dans les prochains mois l’on verra fleurir de nouvelles œuvres. 

Vous arrive-t-il d’imaginer à quoi pourrait ressembler un film post-Covid 19 ?

 Un film avec très peu de figurants, fait en studio…


Illustration tirée de Nuestras madres (César Díaz).