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[Chronique 104] Sandra Kogut, cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Tous les soirs, depuis 80 jours, nous tapons sur des casseroles et crions par les fenêtres, précisément à 20h30. Dans tout le pays. Ce sont nos manifestations en temps de pandémie. Les fenêtres sont devenues la nouvelle rue.

Sandra Kogut est cinéaste. Elle est l’auteure de Mutum, Campo Grande (inédit en France) et Trois étés, sorti ce 11 mars.

Après cette période de confinement, dans quelle situation matérielle êtes-vous et quel est votre état d’esprit ?

Je me trouve au Brésil où la situation est très différente comparée à celle de la France. Ici nous combattons deux virus simultanés : le coronavirus et le président Bolsonaro, négationniste et autoritaire, qui refuse toute mesure concernant le combat contre la pandémie. Alors, ceux qui le peuvent restent chez eux, et cela depuis presque trois mois, mais il faut trouver tout seul les manières de le faire. Il n’y a aucune aide, et d’ailleurs tous les dispositifs concernant le cinéma sont arrêtés. Le gouvernement mène une guerre culturelle contre tout le secteur, et le cinéma est paralysé. C’est terrible. Je suis devenue très active dans le débat public, et me suis investie dans les initiatives de solidarité.

Ce temps vous a-t-il permis, individuellement ou collectivement, de développer des stratégies ou des occupations pour vous adapter à ce moment d’arrêt quasi complet du cinéma ?

Je me suis surtout investie dans la résistance démocratique et dans le débat public. J’écris aussi beaucoup, des scénarios pour des films que je ne suis pas du tout sûre de pouvoir réaliser un jour… C’est une drôle de sensation. J’ai le sentiment qu’il faudra tout recommencer, réinventer. Mais c’est aussi un moment très riche en questionnements, très riche en idées, et qui nous fait mettre beaucoup de choses en perspective.

Est-ce que vous avez lu, vu ou entendu des choses qui vous aident à penser la situation dans laquelle nous sommes ?

Je suis beaucoup les infos, j’écoute des podcasts, je participe à des débats, j’interviens dans une émission à la télé deux fois par semaine, en direct, où je dois être prête à évoquer tout ce qui se passe et où, surtout, je parle beaucoup de la situation catastrophique de la culture au Brésil. Tout cela m’occupe énormément.

Si le cinéma et les différentes professions qui le composent sont dans la nécessité de se réinventer à l’issue de cette crise, à quoi pensez-vous qu’il faille être particulièrement attentif ? En quoi placez-vous vos espoirs ?

Je me retrouve, en ce moment, à penser souvent à l’époque ou j’ai commencé à travailler avec des images. Il y a trente ans, j’ai fait un projet dans lequel j’installais dans la rue des cabines équipées d’une caméra et invitais les gens à y enregistrer un message, à passer un moment seuls avec le matériel de tournage. J’ai voyagé dans plusieurs pays avec ça. C’était le début du numérique, et la mondialisation n’était encore qu’une promesse. Les fenêtres et les balcons de la pandémie, ces nouveaux plateaux, m’ont souvent fait penser à ces cabines. Il y avait là le début d’un nouveau cycle, une curiosité, une perplexité. Parfois, je me dis que c’est le début de quelque chose que nous ne voyons pas encore.

Vous arrive-t-il d’imaginer à quoi pourrait ressembler un film post-Covid 19 ?

Tout le temps… mais qui sait prévoir quoique ce soit ? Impossible.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.