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[Chronique 68] Manuel Attali, distributeur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Manuel Attali est, avec Fabrice Leroy, fondateur de la société de distribution ED Distribution.

Après deux mois de confinement, dans quelle situation matérielle êtes-vous et quel est votre état d’esprit ?

Très curieusement, je n’ai pas du tout souffert de ce confinement et j’ai même trouvé l’expérience passionnante. Maintenant, vu le nombre de morts et de malades, cela noircit le tableau. Nous n’avions pas de sortie datée et avons ainsi largement limité la casse financière. Nous n’avons eu que le loyer à continuer à payer. Nous avons avancé notre travail sur des sorties DVD à venir et avons eu le temps de mettre en place des choses que nous repoussions continuellement, comme notre compte Vimeo on demand.

Ce temps vous a-t-il permis, individuellement ou collectivement, de développer des stratégies ou des occupations pour vous adapter à ce moment d’arrêt quasi complet du cinéma ?

Nous avions sorti le film tibétain Jinpa, un conte tibétain, le 19 février. Le film avait fait de belles entrées et il y avait encore de nombreuses salles programmées. Nous nous sommes adaptés… Après avoir pris le pouls des salles et avoir un peu prévu avec eux la reprise du film lors de la réouverture, nous nous sommes concentrés sur autre chose.

Ce qui a justement été passionnant, a été de devoir inventer autre chose pour travailler tous les jours, autre chose que notre routine. Se poser des questions, profiter aussi de ce temps plus calme pour réfléchir à ce que nous étions capables de développer.

Est-ce que vous avez lu, vu ou entendu des choses qui vous aident à penser la situation dans laquelle nous sommes ?

J’ai forcément suivi un peu l’actualité et je n’ai rien vu d’exceptionnel, si ce n’est l’extrême fragilité de cette filière, face à une situation déjà compliquée. Due en partie au nombre de films toujours plus nombreux à sortir, mais surtout à l’occupation outrancière du terrain par certains de ces films qui faussent ainsi totalement le jeu et empêchent d’autres films de trouver leur public. Le sauvetage de l’industrie a été massivement pensé du point de vue des films français. Certaines choses sont en cours concernant les films étrangers, mais rien n’est acté pour le moment. 

Si le cinéma et les différentes professions qui le composent sont dans la nécessité de se réinventer à l’issue de cette crise, à quoi pensez-vous qu’il faille être particulièrement attentif ? En quoi placez-vous vos espoirs ?

J’aurais aimé que les distributeurs plus puissants comprennent que cette hémorragie de dépenses liée au MG [minimum garanti, dispositif de soutien du CNC, ndlr] et aux frais de sortie et de promotion n’était plus possible, en découvrant leur extrême fragilité face à une situation imprévisible. Qu’il fallait peut-être réduire un peu les frais, ce qui permettrait de fait de laisser plus de place aux autres films pour exister, des films plus fragiles, des films étrangers. Mais j’ai bien peur que tout reprenne exactement comme avant. 

Vous arrive-t-il d’imaginer à quoi pourrait ressembler un film post-Covid 19 ?

Pas du tout.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.