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[Chronique 59] Jean Musy, compositeur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Jean Musy est compositeur et arrangeur de chansons et de musique de films. Au cinéma, on lui doit notamment la musique de Clair de femme, Papy fait de la résistance, Noce blanche ou encore Les Anges exterminateurs.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

La demande de confinement n’a pas été une surprise, je commençais à travailler sur les premiers montages d’un film de télévision que m’envoyait la monteuse lorsque celle-ci dû interrompre son travail.. plus de munitions.. cela m’arrangeait (oserais-je l’avouer ?) car cela me permettait de me remettre sur la musique d’un ballet dont les répétions étaient prévues pour début juin, or j’étais terriblement en retard sur ce travail passionnant… hélas, j’apprends ensuite que les répétitions sont annulées et personne ne sait véritablement si cette création verra le jour… cela ne m’empêchera pas de continuer d’en écrire la musique… pas de musiciens non plus, aussi je l’enregistre en MAO [musique assistée par ordinateur, ndlr] (Dieu merci cela existe de nos jours… et qu’il y a encore de l’électricité… pour quelques temps encore…) Au moins la musique existera, même si le ballet ne demeure qu’un rêve…

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Il m’est difficile de l’évaluer mais a priori, c’est peut-être toute l’année qui sera sans aucune création « rentable »… cependant, étant une “vieillerie”, je perçois le fruit des graines semées tout au long de ma vie professionnelle grâce aux retraites, mais pour combien de temps encore ? Tout cela semble fragile… les vieux semblent être un tel frein à l’économie de ce pauvre pays… (réflexion personnelle dont nous reparlerons dans quelques mois… vous verrez, hélas…)

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

La Sacem propose à ses sociétaires un prêt calculé sur les trois dernières années de droits d’auteur.  

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Cette situation ne change pas beaucoup mes habitudes ; mais il est certain que je suis beaucoup moins dérangé… aussi, j’avoue (honteusement) que c’est même assez agréable… Oui, si je ne savais pas comment souffrent des milliers d’innocents, les risques énormes qu’en prennent d’autres ; les troubles familiaux que cela peut certainement engendrer, et je ne parle pas des milliers d’animaux que l’on abandonne chaque jour, oui, si je me cachais tout cela, j’oserais dire que l’air est plus respirable, que le silence est inspirant, que l’on entend à nouveau les oiseaux, et que beaucoup d’enfants découvrent qu’il y a des étoiles dans le ciel… je trouverais aussi que travailler sans se presser est délicieux ; pouvoir prendre le temps d’effacer, recommencer, effacer encore jusqu’à ce qu’il me semble être le “beau” (modestement)… est un luxe que l’on devrait toujours pouvoir s’offrir… Il est dommage que l’on ait attendu cette catastrophe pour s’apercevoir qu’il fallait changer quelque chose…


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.