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[Chronique 58] Sabine Zipci, déléguée générale de l’AFCA

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Sabine Zipci est déléguée générale de l’AFCA, l’Association Française du Cinéma d’Animation.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Notre équipe était en pleine préparation du Festival national du film d’animation qui devait avoir lieu du 8 au 12 avril, à Rennes et sur le département d’Ille-et-Vilaine. Grand rendez-vous annuel de l’animation française, il était prévu d’organiser un ensemble d’actions itinérantes sur le département, et cinq jours d’événements à Rennes pour les publics de tous âges (dont de nombreux scolaires) d’une part et les professionnels qui sont près de 400 à se déplacer chaque année d’autre part.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Grâce au maintien de la majorité des subventions allouées au Festival, notamment des collectivités territoriales (Rennes Métropole, Région Bretagne) ou de sociétés de perception de droits (Procirep, Sacem), l’annulation de notre événement n’aura pas un impact trop important sur notre association cette année.

En outre, la taille de notre Festival, son modèle économique et le fait que nous étions à trois semaines de son lancement, nous ont permis de limiter les pertes financières.

L’ensemble de l’équipe a quasiment été maintenue avec, bien évidemment, quelques changements dans les missions de chacun.

Cela nous a notamment permis de réfléchir rapidement à comment valoriser, d’une manière ou d’une autre, les films de notre sélection. Ne pas voir aboutir des mois de travail était bien évidemment triste et frustrant, surtout à trois semaines de notre événement.  Mais, en cette année qui s’annonce particulièrement difficile pour toute la filière, il était surtout essentiel de ne pas mettre pas dans l’ombre des œuvres, notamment de courts métrages, qui ne connaîtront pas un parcours habituel dans les festivals. L’AFCA a alors un rôle à jouer pour soutenir leurs auteurs dont on sait qu’ils mettent souvent des années à réaliser leur projet.

De manière plus générale, le secteur de l’animation est moins touché que le cinéma en prise de vue réelle, parce que les sociétés de productions ont pu se poursuivre en dehors des studios (exceptés les tournages pour l’animation en volume sur plateaux) tout comme le développement de projets souvent très longs en animation. La plupart des écoles d’animation, quant à elles, sont parvenues à adapter leurs enseignants à distance.

En revanche, de grandes inquiétudes (partagées par de très nombreux professionnels) persistent, à savoir la réouverture des salles de cinéma ainsi que l’organisation des festivals et marchés professionnels. Ce sont des maillons essentiels de la filière cinématographique et il est primordiale que le lien ne soit pas rompu entres les exploitants et les publics.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Grâce aux soutiens maintenus de plusieurs partenaires et aux liens de confiance déjà établis avec les sociétés de productions, les distributeurs et les plateformes de vidéo en ligne, nous avons pu imaginer une alternative en très peu de temps.

C’est ainsi que nous avons proposé une édition “BIS” de notre Festival, qui s’est tenu aux dates initiales avec la mise en ligne d’une partie de notre programmation. Nos sept programmes de courts métrages en compétition étaient visibles sur la plateforme VOD UniversCiné, aux côtés des longs métrages sélectionnés en panorama. En parallèle, le média en ligne de la culture bretonne KuB proposait en accès libre trois de nos programmes en panorama.

Toujours pour valoriser les auteurs, nous avons sollicité les réalisateurs en compétition pour la création de courtes pastilles vidéo en leur proposant de parler de leur film aux internautes. Diffusées sur le compte Viméo de l’AFCA ces “Paroles de réalisateur·rice·s confiné·e·s” montrent comment ils ont joué le jeu et se sont impliqués avec enthousiasme !

Du côté de notre volet professionnel (initialement prévu sur trois journées), nous avons là aussi donné la priorité aux auteurs en mettant en ligne huit pitchs de projets de courts métrages ou de série en développement, qui concouraient pour diverses dotations ou étaient à la recherche de collaborateurs.

Enfin, le public (via un vote en ligne), nos partenaires et les différents jurys ont pu délibérer en visio-conférence et établir un palmarès complet pour cette édition 2020.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Cette édition BIS étant passée, nous travaillons sur les autres projets de l’AFCA, notamment la Fête du cinéma d’animation que nous préparons pour le mois d’octobre. Dispositif national de promotion du cinéma d’animation, soutenu par le CNC, la Fête accompagne un ensemble de porteurs de projets (salles de cinéma, médiathèques, associations, lieux culturels…) pour l’organisation de leurs actions auprès des publics de tous âges. Nous finalisons actuellement la programmation des œuvres (courts et longs métrages) qui seront labellisées à l’occasion, ainsi que la liste des invitées mis à l’honneur pour cette prochaine édition.

Les incertitudes, quant à la réouverture de ces lieux d’ici l’automne, sont grandes et nous réfléchissons sur les moyens de les accompagner pour maintenir le cinéma sur grand écran, comme une expérience humaine et collective. 

Enfin, nous profitons également de cette période pour finaliser certains dossiers, notamment la mise à jour de nos bases de données, la création de nouveaux outils de médiation ou encore la mise en ligne de ressources sur le site internet de l’association.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à de nouveaux projets, de nouvelles réflexions, ou est-elle au contraire une entrave ? 

Les équipes de l’AFCA étant dispatchées entre Paris, Rennes et Annecy, tous les outils de travail à distance étaient déjà mis en place et maitrisés. Si ce n’est le lieu de travail, notre fonctionnement en interne n’a pas connu de changements significatifs.

Le télétravail a même facilité les échanges avec certains partenaires ou interlocuteurs éloignés, la vision-conférence étant devenue automatique et quasi incontournable désormais.

De manière plus générale, et selon les situations personnelles de chacun, les emplois du temps ont été assouplis et aménagés pour permettre de vivre cette période avec un peu plus de sérénité. Et contre toute attente, cette période de confinement n’a pas réellement ralenti notre activité, celle-ci étant par ailleurs très étendue et diversifiée.

Je ne parlerais donc pas de cet état de réclusion comme d’une opportunité ou une entrave, mais bien comme d’un contexte auquel nous avons pu nous adapter sans difficultés majeures.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.