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[Chronique 56] Damien Manivel, cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Damien Manivel est cinéaste. Il est notamment l’auteur de Un jeune poète, Le Parc et Les Enfants d’Isadora.


Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’étais à Rennes au TNB où je travaillais sur la pièce Médée poème enragé de Jean-René Lemoine, en tant que collaborateur artistique. Nous avons joué la première représentation et dès le lendemain la suite de la tournée a été annulée. Mon dernier film Les Enfants d’Isadora continuait son parcours en festivals et il devait sortir en salles en Autriche, Suisse et Allemagne ces mois-ci. Là aussi, il y a eu annulations en cascade mais aussi des alternatives telle que la sortie exclusivement en VOD en Allemagne. Enfin, nous venions de produire avec Martin Bertier le court-métrage Retour à Toyama d’un jeune réalisateur japonais qui s’appelle Atsushi Hirai et le film patiente actuellement en fin de post-production.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ?

En tant que réalisateur et producteur de mes films, je suis un maillon d’une chaîne et je m’en rends de plus en plus compte en cette période. Je fais des films dans une économie réduite mais avec une vraie liberté artistique. C’est un modèle qui repose sur la prise de risques de gens passionnés à chaque étape de la vie du film (écriture, tournage, post-production, distribution, festivals, exploitation). C’est ce qui fait la beauté de cette aventure mais aussi sa vulnérabilité et les conséquences économiques commencent déjà à se faire sentir pour chacun de nous. Plus concrètement, comme je vis en partie grâce à mes films mais aussi grâce à l’enseignement, c’est une période difficile car mes cours de théâtre et de cinéma ont tous été annulés jusqu’à nouvel ordre.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Pour le moment, rien n’est clair.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je travaille au découpage de mon prochain film, je dessine très simplement les plans et je dispose ces dessins sur les murs de mon bureau. J’essaye de sentir le film, son rythme, j’observe des détails. Même si je sais qu’une fois sur le plateau de tournage je ferai avec ce qu’il arrive de hasards et d’accidents, dessiner dès maintenant les mains, le visage d’un acteur est une façon d’entamer un dialogue avec lui, c’est une forme de préparation, j’apprends à le filmer.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Je ne sais pas. Je peux parler de mes films a posteriori mais poser des mots sur l’expérience artistique, c’est délicat car ça enferme très vite dans une sorte de généralisation assez manichéenne. Chacun de nous est unique et a sa façon de répondre aux événements actuels. Pour ma part, je travaille quotidiennement bien que l’essentiel ne se joue pas là, et je ne vois pas encore quelle influence cette période aura sur ma vie et donc sur mes films. J’ai besoin de temps et de distance pour intégrer ce qui se passe. Ce qui est sûr, c’est que mes amis et collaborateurs me manquent et l’isolement me fait réaliser à quel point j’aime fabriquer des films avec eux. J’ai appelé Elsa Wolliaston plusieurs fois pour prendre des nouvelles et entendre sa voix m’a donné envie de refaire un film avec elle.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.