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[Chronique 55] Thomas Cailley, cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Thomas Cailley est cinéaste. Il a notamment signé Les Combattants.

Lorsque la nouvelle du confinement est tombée, je commençais l’écriture de la Version 2 de mon prochain long-métrage.

Sans rentrer dans les détails, le film évoque la relation entre un père et un fils dans un moment de basculement. Il parle de transmission, des mondes qu’on souhaite léguer, de ceux dont on hérite…

L’écho avec l’épidémie mondiale de COVID, le confinement, le spectre de la crise économique à venir était tellement fort qu’il m’a fallu du temps pour retrouver l’appétit de la fiction, le plaisir du décalage, de l’invention, la possibilité de s’amuser avec le monde qu’on déploie, faire confiance aux personnages…

Le désir, la nécessité, tout ça est revenu au bout de deux semaines, et peut-être plus fort qu’auparavant…

Plus concrètement, ma coscénariste – Pauline Munier – et moi avons dû nous réorganiser. Depuis le début de l’écriture l’été dernier, nous nous voyions trois ou quatre demi-journées par semaine pour échanger, et travaillions le reste du temps chacun de notre côté pour approfondir des choses, tenter de nouvelles pistes etc.

Depuis mi-mars nos échanges se poursuivent par téléphone sur une base quasi-quotidienne. Le côté “sec” de l’échange téléphonique oblige à être concret, efficace, et c’est peut-être intéressant à un stade où nous faisons beaucoup évoluer la structure du scénario.

J’ai un “tableau” (en l’occurrence en ce moment il s’agit d’un magnifique morceau de carton) sur lequel je colle des post-its. On parle, je modifie des éléments, je fais une photo et je lui envoie.

J’ai aussi une frise sur tableur excel, un outil pas très poétique, mais qui permet de multiplier les entrées, et d’interroger en parallèle les différents niveaux du film : trajets des personnages, évolution du monde, décors etc…

Mon frère David, qui est aussi mon chef opérateur, a créé un drive pour échanger des images et commencer à penser visuellement le film.

Et je parle très régulièrement avec mon producteur.

L’essentiel, c’est de rester dans le désir du même film, alors qu’on travaille tous à distance depuis un mois et demi.

Ces outils servent à ça. Et à faire facilement des sauts du local au global, du détail d’une scène au trajet d’un personnage.

Globalement ça marche bien, même si j’ai hâte de retrouver un lien plus direct avec tout le monde…

Cela dit le scénario avance, curieusement vite, dans une discipline monastique mais joyeuse.

J’écris tous les jours, en commençant le plus tôt possible, jusqu’à 13 ou 14h, puis je fais complètement autre chose.

Quand le confinement a commencé, ma fille Héloïse, avec l’aplomb de ses 8 ans, m’a dit droit dans les yeux : « Quand on a un film en tête, il faut le faire, c’est tout. »

Je m’y applique. Et même si les perspectives (du cinéma, et en général) sont inquiétantes, je me dis qu’elle a raison.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.