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[Chronique 53] Stanislas Baudry, attaché de presse

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Stanislas Baudry est attaché de presse.


Sur quoi travaillais-tu quand est arrivé le confinement ?

Quand le confinement a été décrété, j’étais dans une période particulièrement chargée et travaillais sur plusieurs sorties de films, à échéances plus ou moins longues. 

L’Ombre de Staline, de Agnieszka Holland, avec James Norton, Vanessa Kirby et Peter Sasgaard, devait sortir le 18 mars. Agnieszka Holland était de passage en France, une belle promo venait d’être bouclée, les retours presse, salles et spectateurs étaient bons et le distributeur (Condor Distribution) s’apprêtait à sortir le film sur près de 200 copies… Nous nous étions engagés à maintenir le film par solidarité avec les salles et maintenir le travail engagé. Il sortira à la réouverture des salles. 

En attendant le carnaval, de Marcelo Gomes, documentaire brésilien plein de malice, sur une ville entièrement tournée vers la fabrication de jeans !, devait sortir le 1er avril (JHR Films). 

Autonomes, de François Bégaudeau, devait sortir le 8 avril (Urban Distribution). 

Le Feu sacré, d’Eric Gueret, devait sortir le 29 avril (New Story). 

Les Héros ne meurent jamais, de Aude-Léa Rappin, avec Adèle Haenel, Jonathan Couzinié et Antonia Buresi, devait sortir le 6 mai (Le Pacte).

La date du déconfinement est fixée au 11 mai, mais les cinémas ne sont pas encore concernés. J’ai entendu parler de plusieurs dates, la plus optimiste serait à la mi-juillet et une autre, plus vraisemblable, en septembre. Les sorties de The Father, de Kristina Grozeva et Petar Valchanov, avec Ivan Barnev et Ivan Sasov, prévue à la mi-juillet (Urban distribution), et de Shooting the Mafia, de Kim Longinotto, sur la photographe Letizia Battaglia, prévue le 29 juillet (Le Pacte), seront donc aussi très probablement reportées. 

Sept films reportés… et à ce jour, impossible de donner de nouvelles dates de sortie précises, même si certains films sont clairement positionnés sur la réouverture des salles. Sans parler de l’annulation du Festival de Cannes, où des films sortis début mars et fauchés en plein vol : Haingosoa d’Édouard Joubeaud, Thee Wreckers Tetralogy de Rosto ou Les Visages de la victoire de Lyèce Boukhitine.  En étant exhaustif dans la liste des films qui me concernent sur cette période, et puisque telle était la question, je veux avant tout mettre en lumière le travail formidable des distributeurs, saluer leur audace, leur engagement auprès des auteurs et du public. En ces temps incertains, il me semble important de leur rendre hommage. 

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour toi ? 

Les implications sont nombreuses. Dans l’immédiat, des problèmes de trésorerie évidents : rappelons qu’en tant que travailleurs indépendants, nous n’avons aucune indemnité de chômage. 

Bien sûr, une activité qui s’arrête brutalement est une sensation étrange, d’autant plus dans les métiers de la communication, nous avons l’habitude de nous voir, nous parler, nous croiser. On se sent soudain un peu seul…

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Sur le plan économique, l’aide de l’état versée en urgence aux indépendants est bien sûr la bienvenue. Mais largement insuffisante à ce stade, les répercussions s’inscrivant fermement dans la durée…

La bonne nouvelle, c’est que les attachés de presse se sont réunis sous forme d’association, à l’initiative de Laurence Granec, Viviana Andreani et Chloé Lorenzi, le C.L.A.P. est né (Cercle Libre des Attachés de Presse) pour faire entendre notre voix et défendre nos droits, notamment face aux institutions. Je trouve ça formidable, c’est une belle démarche, forte et importante ! Nous restons dans l’attente d’une réponse du CNC. 

Est-ce que tu travailles pendant le confinement : à quoi et comment ?

Oui, je continue à travailler sur le suivi des films, la continuité et la préparation des sorties à venir. 

J’en profite pour regarder des films, surtout en DVD (à “l’ancienne” ?), en piochant dans une pile qui ne cessait de grandir au fil du temps, et aussi pour saluer les propositions en ligne formidables qui se multiplient, dont celle de la Cinémathèque Française et de sa plateforme HENRI.

Est-ce que la réclusion forcée te paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Comme dans chaque période de rupture, de péripéties, plein de sentiments se mélangent. Passé l’affliction, l’abattement, je vois beaucoup de choses à imaginer, à transformer, pour tenter de se structurer différemment, de manière plus égale et plus efficace dans le soutien aux œuvres et aux auteurs, aux diffuseurs… Prendre le temps c’est une grande chance, voir les choses sous un autre angle, prendre du recul… Si pour l’instant c’est plutôt l’inquiétude, liée à l’incertitude, qui domine, gardons espoir, tirons les bonnes leçons de cette épreuve et restons soudés pour la suite. 


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.