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[Chronique 52] Jane Roger, distributrice

Une image de Green Boys, sorti en e-cinéma le 6 mai

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Jane Roger dirige la société de distribution JHR Films, qu’elle a créée. Elle est co-présidente du SDI (Syndicat des Distributeurs Indépendants).

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Je m’apprêtais à sortir Brooklyn Secret de Isabel Sandoval le 18 mars. Isabel était arrivée de New York et nous devions faire une belle avant-première le dimanche 16 au Grand Action. Tout s’est écroulé le samedi à l’annonce de la fermeture des salles de cinéma. Par ailleurs je préparais les sorties de En attendant le carnaval, un documentaire brésilien de Marcelo Gomes prévu le 1er avril, de Cyril Contre Goliath de Thomas Bornot et Cyril Montana le 22 avril et de Green Boys de Ariane Doublet le 6 mai.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

À ce jour les implications sont multiples : fermeture du bureau, arrêts des sorties de film, plus de rentrées d’argent, réflexion commune et solidaire avec les acteurs de la filière…

Il est encore trop tôt pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts mais il est certain qu’elles seront multiples et néfastes. Une baisse drastique du chiffre d’affaire est à prévoir, un chamboulement du line-up prévu pour l’année 2020 et 2021. Bref, rien ne sera plus jamais comme avant pour la distribution indépendante. Il y aura bien un avant et un après Covid-19…

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Oui bien sûr ; l’humain est un être qui s’adapte ! Heureusement ! Pour ma part j’ai opté pour des sorties digitales de deux films en attendant la réouverture des salles. Un sytème de séance virtuelle voit le jour en partenariat avec les salles de cinéma. La chronologie des médias a été revue et modulée pour cette période unique. On cherche à ne pas perdre le contact avec les salles de cinéma et avec nos publics.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Enormément !
D’une part pour les sorties en e-cinéma de Green Boys de Ariane Doublet (voir notre critique) le 6 mai sur toute les plateformes et de Cyril Contre Goliath en séances virtuelles via la 25ème Heure le 13 mai. Je continue mon travail de distributrice de films : accompagner la sortie, monter des partenariats média et hors media, prendre soin du plan média, de la communication, etc. Par ailleurs, en tant que coprésidente du SDI (Syndicat des Distributeurs Indépendants) les réunions avec toute la filière et avec les pouvoirs publics s’enchainent à un rythme effrénée pour réfléchir ensemble et trouver des solutions pour sauver nos activités et faire part au gouvernement et au CNC de nos besoins et attentes.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à de nouveaux projets, de nouvelles réflexions, ou est-elle au contraire une entrave ? 

Dans chaque expérience nouvelle et inédite aussi pénible soit-elle il y a une richesse à découvrir. Dans le confinement et l’arrêt brutal de notre activité il y a bien sûr l’espoir que les réflexions menées conjointement avec les acteurs de la filière et les pouvoirs publics débouchent sur une reprise solidaire et sur la prise de conscience de la nécessite que tout le monde s’en sorte. Mais l’inquiétude économique pour nos types de structure de distribution indépendante déjà malmenée avant la pandémie a tout de même de quoi entraver trop d’optimisme.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.