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[Chronique 49] Giulio Casadei, délégué général du Festival de Brive

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Giulio Casadei est délégué général du Festival du cinéma de Brive.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’étais en train de travailler sur la 17e édition du Festival du cinéma de Brive qui devait avoir lieu du 7 au 12 avril. Au moment du confinement, nous venions juste de tenir les conférences de presse.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

L’implication la plus importante a été le report du Festival. Dans un premier temps nous avions pensé le faire en juin mais après les dernières annonces du Président de la République, nous avons décidé, en accord avec nos partenaires, de décaler vers fin août, début septembre. Nous attendons la réouverture des salles avant de confirmer les nouvelles dates.

Pour le reste, ma vie professionnelle continue comme toujours : je travaille pour le Festival de Brive et dans quelques mois je rentrerai à Rome pour le Medfilm Festival, festival consacré au cinéma méditerranéen pour lequel je travaille depuis longtemps. Le paradoxe de cette situation c’est que ça n’a pas forcément un impact sur le processus de programmation d’un festival mais plutôt sur son effective réalisation, au moins dans un sens traditionnel. L’épidémie met en discussion ce qui est le cœur de l’expérience festivalière, c’est-à-dire sa dimension collective de vision, de rencontre, de partage.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Compte tenu des limitations inévitables qu’il y aura dans les mois prochains concernant la réouverture des salles, nous avons décidé de resserrer la programmation de Brive autour de la compétition, afin de pouvoir, éventuellement, projeter le même film simultanément sur plusieurs salles.

Dans ce sens, nous avons dû reporter à l’année prochaine la plupart des films hors compétition (les focus sur Shinya Tsukamoto, Omar Amiralay, Nelson Yu Lik wai, la rétrospective sur le Pré-code, la mini-série Il minestrone de Sergio Citti, ainsi que les cartes blanches de la Cinémathèque française et de l’Agence du court métrage). Du hors compétition, nous allons probablement garder l’hommage à Éric Rohmer, qui était lié au 100e anniversaire de sa naissance, et un ou deux films du Pré-code. Notre priorité reste la compétition et nous allons tout faire pour accompagner et soutenir les films et réalisateurs.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je travaille toujours pour le Festival de Brive, notamment sur le nouveau site officiel qui sera lancé dans les mois suivants, ainsi que sur la grille horaire qui devra tenir compte des limitations que j’ai évoqué dans ma réponse précédente. Heureusement, nous pouvons tout faire depuis chez nous.  

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à développer de nouveaux projets, de nouvelles méthodes, ou est-elle au contraire une entrave ?

Je ne crois pas qu’une situation pareille rende le travail plus facile. Au contraire, après quasiment quarante jours de réclusion forcée, j’ai de plus en plus du mal à me concentrer car il n’y a plus une véritable séparation ni de temps ni d’espace entre le travail et la vie “sociale” et privée. Le seul aspect positif de ce confinement c’est qu’il m’a permis de voir ou revoir des grands chefs-d’œuvre, en particulier les films de Raoul Walsh et João César Monteiro. Un véritable plaisir.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.