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[Chronique 44] Claire Viroulaud, attachée de presse

Une image de Pénélope extraite du Ulysse de Mario Camerini. Comme je passe mes journées à confirmer une date, 
ou infirmer une sortie, chaque jour faire et défaire, je ne me suis jamais sentie aussi proche de Pénélope !

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Claire Viroulaud est attachée de presse
(Ciné Sud Promotion).

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’accompagne depuis presque 20 ans des films d’auteur pour des sorties entre 30 et 100 copies.

Juste avant le confinement, je finissais de travailler sur un film d’animation japonais qui devait sortir le 18 mars. Et j’étais enthousiaste à l’idée d’accompagner sept autres films dont les sorties étaient étalées jusqu’au mois de juillet…

Pas de chance, le 17 mars au soir, c’était le confinement pour tout le monde. Les distributeurs ont appelé toute la journée pour annuler les sorties… Le travail, les contrats, tout était rediscuté. J’ai dû tout réorganiser en urgence : j’ai coordonné le télétravail avec ma collaboratrice, on a basculé la ligne téléphonique et on s’est partagé les derniers rouleaux de PQ du bureau.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Pour le type de films que je défends, les deux phases à venir seront terribles si elles ne sont pas soutenues ni régulées :
– Les sorties VOD directes, qui vont remplacer certaines sorties salles, ont plus que jamais besoin de la presse pour exister.
– Les sorties à la réouverture des salles devront être contrôlées pour que tous les films trouvent leur place dans l’embouteillage à prévoir et surtout que l’offre reste équilibrée.

Par exemple on vient d’apprendre que Pinocchio sortait finalement dans quelques jours, ce qui éjecte d’office de la presse tous les petits films qui avaient plannifié une sortie ce jour-là. Car en temps de confinement, les pages culture sont réduites à peau de chagrin : place aux gros !

Tout est repensé : alors que je travaillais avant le confinement sur des sorties en salles, trois des films dont je m’occupe sortiront directement en e-cinéma ou VOD. Les autres sorties sont repoussées, parfois d’un an…

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Nous, les attaché(e)s de presse, sommes un maillon inconnu du public. Les gens pensent souvent que nous écrivons les articles… Quand ma mère m’appelle pour me prévenir qu’un réalisateur dont je m’occupe passe à la radio, je dois souvent lui rappeler que je suis au courant parce que c’est grâce à moi !

Nous sommes peu reconnu(e)s de l’industrie et finalement inexistant(e)s pour les pouvoirs publics.

Alors le confinement a aussi été l’occasion de créer enfin une association, le CLAP, le Cercle Libre des Attaché(e)s de Presse de cinéma, pour que notre voix compte enfin et que nos difficultés soient entendues, comme celles des distributeurs et des producteurs. Car les vraies solutions viendront surtout de nous !

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Au début du confinement, on s’appelait beaucoup avec les distributeurs, les journalistes. Et puis l’abîme s’est ouvert sous nos pieds. Personne ne savait rien sur presque tous les sujets, on était bien obligés de le reconnaître !
Alors j’ai fait comme tout le monde : j’ai appris à faire du pain et j’ai redoublé ma 6e pour faire cours à mon fils !

En ce moment, un film change de date de sortie trois fois par semaine et de mode de diffusion presque aussi souvent, derrière il faut suivre : je fais, je défais, je suis une vraie Pénélope !

Mais les mois à venir se dessinent désormais avec plus de précision. Depuis chez moi, j’essaie de mobiliser les journalistes autour des trois films* qui sortent dans les jours qui viennent. Bien-sûr, parfois je tombe mal, j’entends derrière un enfant crier qu’il a faim… Parfois même mon interlocuteur ravale un sanglot à cause d’un décès lié au virus… Mais dans l’ensemble je sens une vraie solidarité qui permet à tous de tenir le coup.

* Douce France de Goffrey Couanon (Jour2Fête) – sortie ecinema
le 2 mai
Green Boys d’Ariane Doublet (JHR Films) – sortie VOD le 6 mai
Il était une fois dans l’Est de Larissa Sadilova (Jour2Fête) – sortie VOD le 11 juin


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.