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Un jour sans fin

Newsletter du 8 avril

 

Chers lecteurs,

Qui a mangé tous les mini-cônes glacés (chocolat, vanille et pistache) avant de remettre la boîte au frigidaire comme un sagouin ? Est-ce le même qui, jeudi dernier, avait fini le fond de Cabernet d’Anjou ? En troisième semaine de confinement j’avais quelques soupçons, à l’abord de la quatrième je dois me rendre à l’évidence : je ne suis pas seul, la nuit quelqu’un se faufile dans mon studio. Par où passe-t-il ? A-t-il fait un double des clés, s’introduit-il par le balcon, bravant le vide et les pigeons ? Comment fait-il pour dérober mes provisions sans attirer mon attention ? ET POURQUOI N’A-T-IL JAMAIS TOUCHÉ AUX LÉGUMES ?

Je le soupçonne également d’avoir quelque emprise sur moi, de me faire écrire des âneries (“Si cette fille était une couleur, quel fruit serait-ce ?” ; “Combien de fois peut-on manger de la pizza sans en devenir une soi-même ?” : j’ai trouvé ces mots rédigés d’une main malhabile au dos d’une attestation dérogatoire de déplacement, la seconde était soulignée au feutre rouge) et voir en boucle des films pas homologués par la fédé, éboulis d’images aberrantes où la raison fuit de toute part.

Et puis il y a autre chose : en général, je suis un garçon très serein, et l’inquiétude qui, ces derniers jours, est la mienne, ne saurait être la mienne seule – il faut donc bien, CQFD, que nous soyons au moins deux dans ce studio.

Mais peut-être ne sont-ce là qu’idées en l’air et fantaisies de temps sevrés de fantaisie. Après tout, il y a de quoi être un peu perturbé. De nombreux internautes n’ont pas manqué de le relever, en partageant chaque jour, sur les réseaux sociaux, un photogramme ou un GIF nouveaux du film : on pourrait se croire à Punxsutawney, Pennsylvanie, dans un remake d’un amateurisme flagrant d’Un jour sans fin d’Harold Ramis, coincés dans une dystopie bricolée avec les moyens du bord, un calendrier de l’avent sans chocolat ni date butoir. Comme son héros, Phil Connors, libre de ses mouvements mais piégé dans le temps (quand nous sommes libres dans le temps, mais assignés à résidence), nous pouvons avoir l’impression que nos journées sont toutes les mêmes, à attendre que la marmotte nous donne enfin le signal de la belle saison.

Mais ce n’est pas tout à fait vrai, pour nous le temps n’a jamais été suspendu ; nous poursuivons le cours de notre quotidien, nous négocions avec l’inquiétude, pour nous-mêmes, nos proches, notre prochain, élevons nos enfants, travaillons, depuis chez nous ou à l’extérieur (beaucoup n’ont pas le choix, pas un jour ne passe sans que j’y pense, et je leur rends hommage), tout du moins nous nous y efforçons, nous voyons des films, écoutons de la musique, et rythmons également nos journées de rituels, trouvailles et stratagèmes, en attendant d’enfin pouvoir nous retrouver.

Parfois, aussi, nous écrivons des newsletters, l’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous mais nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur, en supposant que l’une et l’autre sont partagés par tous ceux pour qui nous les avons écrites.

Portez-vous bien, chers lecteurs – vous, ainsi que vos proches,

Amitiés,

 

Thomas Fouet

Photo : Un jour sans fin

 

Newsletter du 8 avril 2020
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