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Matins calmes à Paris

Newsletter du 1er avril

 

Chers lecteurs,

En vue de répondre au questionnaire cinéphile conçu par Clément Deleschaud (rubrique en ligne cette semaine sur notre site, et pour laquelle nous avons mis notre équipe à contribution – car pendant les événements nous continuons à émettre, pour vous donner des nouvelles, non seulement de la façon dont les métiers du cinéma s’arrangent avec cette situation inédite, mais aussi des Fiches elles-mêmes), j’ai ressorti ma collection de DVD : c’est effarant. Pas un, ou presque, ne supporte le test du confinement. On en conçoit sans fin des récits entravés, empêchés, atrophiés. J’y ai passé une partie de l’après-midi :

La Chevauchée fantastique : la diligence est restée coincée à Tonto, Arizona. John Wayne s’ennuie mais, par fierté, n’en montre rien. On reconnaît bien là le Duke.

Fenêtre sur cour : Grace Kelly est confinée à l’autre bout de la ville, seule l’infirmière est autorisée à visiter James Stewart et le crime est élucidé en vingt minutes (“Ma femme est partie en vacances”, aurait déclaré le voisin : l’argument n’a pas convaincu les enquêteurs). Il ne reste plus qu’à reluquer la voisine du deuxième.

La Rivière sans retour : et l’aller, alors, parlons-en, d’ailleurs Mitchum n’a pas rencontré Marilyn – à son arrivée en ville, le saloon avait fermé sur décision du shérif.

The Lost City of Z : on ira voir plus tard si la légende dit vrai, si la cité perdue est ici (ou alors plutôt là), de quel côté de la rivière Araguaia et dans les tréfonds de quelle jungle, pour l’instant on profite du jardin anglais : l’arrière-pays londonien est charmant en cette saison.

Les Nuits de la pleine lune – Louise hésite : où dormira-t-elle, ce soir ? À Marne-la-Vallée, chez son ami Rémi, ou bien dans son studio parisien (l’occasion de retrouver Octave au café, avant d’aller se mettre au lit avec un livre) ? Elle restera là où elle est, un point c’est tout, et pour une durée de 15 jours reconductible.

Mad Max : Fury Road : “Monsieur, bonjour – gendarmerie nationale. Garez-vous sur le bas-côté, s’il vous plaît. Vous avez votre attestation dérogatoire ?

Matins calmes à Séoul : les bars fermés, on descend du soju tout seul et on chiale devant son écran.

Fitzcarraldo : “En fin de compte il est très bien là où il est, ce gros bateau.

Voyage à Tokyo : reporté.

Les Fraises sauvages : on peut encore les cueillir dans son souvenir. C’est déjà ça.

J’en ai conscience : c’est une newsletter idiote (et qui n’a pas pour objet de tourner en dérision les événements : ce n’est ni le genre de la maison, ni l’humeur du moment), mais l’imaginaire demande à être un peu oxygéné (du reste, savez-vous si nous sommes aujourd’hui le 1er avril ou le 32 mars ? J’ai un doute), à prendre l’air et la tangente. Vivement que nous puissions à nouveau vivre des aventures, l’Odyssée de l’espace Schengen, Once Upon a Time in le quartier d’à-côté, ou même une Rencontre avec le type du troisième (celle-là, je l’avais déjà faite dans une précédente newsletter : je me recycle et m’en excuse).

Que ne donnerait-on pas pour des vacances décevantes (“Regarde, chéri.e, comme ce paysage est triste : il faudra penser à revenir l’an prochain”), une promenade sous une pluie glacée dans la zone industrielle, une bière tiède et surfacturée à la terrasse d’un café lounge, le mariage de l’arrière-cousine qu’on n’avait jamais pu saquer, une bonne engueulade des familles, une altercation dans un bar, une bagarre de rue, un peu de chaleur humaine ?

Mais prenons notre mal en patience : l’essentiel est pour l’heure de faire preuve de prudence, que nous soyons assignés à résidence ou tenus de travailler (je vous renouvelle mon soutien, et je le ferai chaque semaine que durera le confinement).

J’espère, nous espérons, que vous vous portez bien, vous, ainsi que vos proches,

Amitiés,

 

Thomas Fouet

Photo : The Day He Arrives (Matins calmes à Séoul)

 

Newsletter du 1er avril 2020
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