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Le questionnaire cinéphile de Gaël Reyre

Vous connaissez les Fiches : vous y êtes abonnés, ou vous les lisez à l’occasion, ici-même – mais connaissez-vous celles et ceux qui, salariés ou bénévoles, figures historiques ou recrues récentes, les écrivent ? Savez-vous ce qui les travaille – ce qui les hante –, de quel tissu d’images singulier, élaboré au fil des années, procède leur rapport aux films ? Quelles passions nobles, penchants suspects, souvenirs d’enfance, tropismes de critiques avertis, constituent leur cinéphilie ? C’est ce qu’au fil de ce questionnaire, et en ces temps d’assignation à résidence, nous vous invitons à découvrir. Nous n’avons décidément pas fini de faire connaissance.


1) Votre premier souvenir de cinéma ?

Blanche-Neige et les sept nains (David Hand).

Réponse banale, certes, mais film excellent. Le style de jeu expressionniste et le côté horrifique du récit m’avaient beaucoup impressionné.

2) Le film qui représente le mieux votre adolescence ?

Le Cercle des poètes disparus (Peter Weir).

Les jeunes gens d’aujourd’hui ne peuvent imaginer l’impact dément qu’a eu ce film sur la construction morale d’une quantité astronomique d’ados et de pré-ados des années 90, ainsi que sur la culture populaire en général. Un jour j’ai rêvé que je regardais la version longue, avec plus de Robin Williams déconnant sur Shakespeare notamment. J’ai été déçu de me réveiller.

Le Cercle des poètes disparus (Peter Weir)
Copyright Warner Bros. France

3) Le film qui vous a donné le goût du cinéma ?

L’Histoire sans fin (Wolfgang Petersen).

Quand le film est sorti je devais avoir six ans. Je suis allé le voir quatre fois au cinéma. Splendide éloge de la fuite, L’Histoire sans fin m’a non seulement émerveillé, mais également donné des clefs pour me débrouiller avec moi-même. C’est sans doute cette émotion si particulière de se trouver face à un récit fait pour soi que j’ai ensuite recherchée dans tous les autres films qui ont suivi. Et pour preuve qu’on parle bien de cinéma, quand j’ai tenté de lire le livre à l’origine du scénario, il m’est tombé des mains. Ce film a changé ma vie, et croyez-le ou non, j’en parle encore au moins une semaine sur deux avec ma psy.

4) Et celui qui vous a transmis la passion critique ?

Là c’est la colle… En tout cas la première critique que j’ai jamais écrite était au sujet de Sur la piste du Marsupilami d’Alain Chabat.

5) Votre plus grand traumatisme cinématographique ?

Le Bal des vampires (Roman Polanski) ex aequo avec Peur sur la ville (Henri Verneuil).

J’ai vu Le Bal des vampires en famille, quand j’avais sept ans. Le second degré m’a totalement échappé, et j’ai pris de plein fouet la noirceur malade et toute polanskienne du film. Je n’en ai pas dormi de la nuit. De là s’est installée ma terreur des vampires, et mon habitude de tenir ma couette au ras du cou.

Le film de Verneuil, vu à la même époque, m’a également profondément perturbé. La séquence d’ouverture, mettant en scène l’angoisse extrême d’une femme seule dans son appartement la nuit et craignant pour sa vie, reste aujourd’hui encore l’un des moments de cinéma les plus insupportables qu’il m’ait été donné de voir. Je n’ai jamais revu le film depuis. Le Bal des vampires non plus. Devrais-je m’y confronter à nouveau pour exorciser l’épouvante qu’ils me causèrent alors ?

6) Votre plaisir coupable le plus flamboyant ?

Over the Top (Menahem Golan).

J’ai vu ce film un nombre incalculable de fois avec mon frère à l’époque des VHS et d’Olive et Tom sur la 5. Stallone est un routier qui pratique le bras de fer. Le temps d’un long voyage en camion pour aller voir son ex-femme gravement malade, il va tenter de recoller les morceaux avec son fils, qui le connaît à peine. Et ça se finit à Vegas, au championnat du monde de bras de fer. Que demande le peuple ? Du mélo, du biscoto, de la leçon de vie, tout est là ! Et ce qu’ignorent les snobs qui trouvent ce film ridicule sans l’avoir vu, c’est qu’il recèle par moments un second degré bon enfant des plus désopilants, particulièrement mis en valeur par l’excellente VF. Considéré par presque tout le monde comme un pur nanar, Over the Top est un bonbon pour les vrais amateurs de la geste stallonienne. Notre musclé préféré y est fragile, maladroit, terriblement touchant, et sa technique de la prise du pouce est imparable.

Over the Top (Menahem Golan) – Warner Bros.

7) Le film que tout le monde déteste mais que vous adorez ?

Hook (Steven Spielberg).

Oh je vous vois d’ici faire les gros yeux, crier au scandale. Comment peut-on aimer ce ratage complet, ce bibelot kitsch déjà ringard à sa sortie, et probablement le plus mauvais film de son auteur ? À coup sûr, je ne l’aurais pas revu depuis longtemps, et c’est plus d’un attachement purement nostalgique qu’il s’agirait. Que nenni. Je reconnais volontiers (et même lorsque je le vis en 92, à l’âge de 13 ans, la chose ne m’échappa point, c’est dire) qu’il y a quantité de fautes de goût dans ce film, que les couleurs y sont criardes, que ce bon vieux Spielberg flirte dangereusement avec le mièvre, et j’en passe. Eh bien malgré cela et tant encore de critiques que l’on serait en droit de formuler à l’encontre du long métrage, je persiste à lui trouver un charme fou. D’abord parce que la mise en scène est loin d’être aussi nulle que ce que l’on en dit. Il y a même de nombreux très beaux moments hautement spielbergiens. Ensuite, et surtout, en raison des acteurs. Robin Williams, par la grâce de sa fougue juvénile et de son génie tragicomique, parvient à nous faire croire à son Peter Pan quadragénaire, avec ses collants verts et son brushing improbable, ce qui, reconnaissons-le, relevait de la gageure. Dustin Hoffman quant à lui, dans son rôle de Crochet, est me semble-t-il au somment de son art. Je ne me lasserai jamais de ce personnage, de son visage, de sa gestuelle, de sa prestance. Je pense que c’est tout simplement l’un de mes personnages préférés tous films confondus. Bob Hoskins, en Monsieur Mouche, est lui aussi impayable. Même à l’époque, je m’étonnai que le brillant interprète de l’incroyable Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Zemeckis, 1988) ait accepté un si “petit rôle dans Hook. Preuve était faite pour moi, après ce film, que l’adage selon lequel “il n’y a pas de petit rôle, il n’y a que de petits acteurs, est parfaitement exact. Mais ce n’est pas tout. Que dire des prestations de Michel Papineschi, Richard Darbois et Mario Santini, respectivement doubleurs français dans ce film de Robin Williams, Dustin Hoffman et Bob Hoskins ? Ils sont tous trois fabuleux. J’affirme que le talent de ces trois grands comédiens rend la VF de Hook au moins aussi bonne que la VO. Pour terminer, j’évoquerai la scène du suicide raté de Crochet, un grand moment de cinéma qui à lui seul justifie, selon moi, de prendre le temps de (re)voir ce film injustement moqué.

8) Le film que tout le monde aime mais que vous détestez ?

La Liste de Schindler (Spielberg).

Je n’entrerai pas dans le détail pour ne pas déclencher de débat non-cinéphilique, mais disons que je trouve odieuse la façon dont Spielberg filme-sans-la-filmer la scène que vous savez. Tu filmes ou tu ne filmes pas, mais faire ce twist débile c’est insupportable. Ça me ruine absolument tout le film.

9) Dans quel film pourriez-vous vivre indéfiniment ?

Les Aventures du Baron de Münchausen (Terry Gilliam) / Ed Wood (Tim Burton).

Ces deux films sont pour moi, au-delà de leurs (très grandes) qualités plastiques, narratives et tout ce qu’on voudra, porteurs d’une vision du monde qui me convient parfaitement. Le Baron ne ment pas, il fabule sa réalité. Tout ce qu’il dit est vrai, puisqu’il y croit. Ed Wood est si authentiquement passionné que tout lui semble possible, comme de réaliser un blockbuster de science-fiction avec des assiettes en carton suspendues à des fils de cannes à pêche en fait de soucoupes volantes. Ces deux personnages, par leur candeur désarmante et leur enthousiasme à toute épreuve, attirent à eux et fédèrent une troupe de freaks des plus attachants, prêts à les suivre au bout de leur folie. Quand je vois le Baron se tirer lui-même hors de l’eau par les cheveux, ou Bela Lugosi donner vie à une pieuvre géante dont on a oublié le moteur au studio, je me dis que les tordus peuvent faire des miracles dont les “winners sont bien incapables. J’aimerais faire partie de la bande d’Ed Wood ou du Baron, comme j’aime faire partie de celle des Fiches du Cinéma.

10) Quelle est votre réplique de cinéma préférée ?

Là-bas je pilotais un avion de chasse, je pouvais conduire un tank, j’avais en charge un million de dollars de matériel, mais ici j’arrive pas à avoir un boulot de gardien de parking.” (Rambo – First blood, Ted Kotcheff). Alain Dorval, doubleur de Stallone en VF, ici au sommet.

11) Un film fondateur de votre cinéphilie mais que vous reniez aujourd’hui ?

Franchement, je ne vois pas. J’ai les mêmes goûts que lorsque j’ai découvert le cinéma avec les films Amblin. Disons qu’avec le temps, j’aime plus de choses qu’avant. J’accepte de ne pas tout comprendre, de m’ennuyer, et aussi de reconnaître les qualités d’un film devant lequel je n’éprouve pas de plaisir. Mais je n’ai jamais tourné le dos à un film de jeunesse. J’aime toujours Les Goonies, Superman, L’Arme fatale (Richard Donner), Le Secret de la pyramide (Barry Levinson), Bad Taste et Braindead (Peter Jackson), Bloodsport (Newt Arnold), Gremlins (Joe Dante), Society (Brian Yuzna), La Fureur du dragon (Bruce Lee), La Folle journée de Ferris Bueller (John Hughes), La Gloire de mon père et Le Château de ma mère (Yves Robert), Willow (Ron Howard), et même Trois places pour le 26 (Jacques Demy).

12) Et au contraire, un film qui vous a déplu mais que vous avez réhabilité avec le temps ?

Fight Club (David Fincher).

Quand je l’ai vu en salle, j’ai trouvé le film poseur, rempli de gimmicks de réalisation et agaçant à souhait. De la pure esbroufe en somme, comparable au Requiem for A Dream d’Aronofsky (sorti un an plus tard). Il faut dire qu’à l’époque, le long métrage arrivait avec une aura de branchitude qui m’avait, par snobisme juvénile, rendu enclin à en penser du mal. C’est après avoir lu le roman de Chuck Palahniuk que je me suis rendu compte de l’intelligence de l’adaptation. Fincher et son co-auteur Jim Uhls ont parfaitement su se saisir de la substantifique moelle de l’œuvre littéraire pour en proposer une version alternative et complémentaire. Aujourd’hui Fight Club reste mon Fincher préféré.

Fight Club (David Fincher) – Copyright Splendor Films

13) Le film “tout le monde dit que c’est un chef-d’œuvre, et effectivement, ça l’est” qui vous correspond le mieux ?

Le Voleur de bicyclette (De Sica).

Pardon pour la banalité, mais à mes yeux ce film justifie à lui seul l’invention du cinématographe. Je suis persuadé que ce film rend meilleur qui le regarde.

14) Vous pourriez tout à fait tenir un débat enflammé sur ce film, pourtant vous ne l’avez même pas vu :

Empire (Andy Warhol).

Quand il ne coloriait pas des agrandissements de photos découpées dans les journaux, Andy Warhol, redoutable critique de la société de consommation et sans aucun doute l’un des deux ou trois plus grands artistes que le XXème siècle ait connu, Andy Warhol donc, véritable homme de la Renaissance, s’adonnait, Dieu en soit loué, au cinéma d’avant-avant-avant-garde. Il n’est que de se plonger dans ce passionnant plan fixe de l’Empire State Building d’une durée de 8 heures et 5 minutes, véritable fête pour l’œil et l’esprit, pour saisir l’ampleur du génie warholien. Dans la vie de tout cinéphile, il y a un avant et après Empire. On ressort neuf de cette expérience, ressourcé et empli d’une foi nouvelle en l’art et en l’Humanité. À celleux qui douteraient de ma bonne foi, j’invite à aller constater par elleux-mêmes la puissance fulgurante de cette œuvre phare du cinématographe.

15) Une scène que vous adorez dans un film que vous n’aimez pas ?

La scène de braquage hors-champ dans Spring Breakers (Harmony Korine).

Si mes souvenirs sont bons, tandis que les filles braquent un diner, on reste dans la voiture, ne percevant de l’action que quelques sons. Cette scène, inattendue et très efficace, est la seule que j’apprécie dans ce film invraisemblablement surcoté où Harmony Korine lâche tout ce qui faisait le charme de ses films précédents. Que l’auteur du magnifique Gummo commette un machin aussi creux et insipide demeure pour moi incompréhensible.

16) Une scène que vous détestez dans un film que vous aimez ?

Le plan “révélation à la fin de Take Shelter (Jeff Nichols).

ATTENTION SPOILER !!! Tout le film repose sur le fait qu’on ne sache jamais sur quel pied danser vis-à-vis de son personnage principal. Est-il cinglé ? Est-il visionnaire ? Ce maudit plan où l’on découvre la catastrophe se réaliser m’a complètement gâché le film. J’ai même pensé me faire une version perso de laquelle j’aurais retiré le vilain plan. Cela aurait été tellement plus beau de ne pas savoir, de se dire que, peut-être, Jessica Chastain voit bel et bien la fin du monde arriver, mais que, peut-être, décide-t-elle par amour de suivre son mec dans sa folie, quoiqu’il en coûte. Mon frère m’a un peu réconcilié avec le film, que je trouve par ailleurs excellent, en me disant que selon lui, ce n’est pas parce qu’on voit la fin du monde dans ce plan que celle-ci est réelle. Peut-être qu’à force de vouloir croire en son mari, Jessica Chastain finit par “voir ce qu’il annonce depuis le début du film.

17) Le DVD dont vous êtes le plus fier ?

Fire Walk With Me (David Lynch).

Ce DVD, enveloppé dans une pochette évoquant celles contenant des pièces à conviction, contient un véritable photogramme argentique du film. En l’occurrence, on y voit une porte. Évidemment, il ne s’agit pas de la pellicule d’origine sur laquelle s’imprima ce cauchemardesque bijou, mais en mon for intérieur je me plais à le croire. Comme si j’avais un morceau de la vraie croix, ou du rideau rouge de la red room du rêve de Dale Cooper.

Fire Walk With Me (David Lynch)

18) Et celui qui trône fièrement depuis dix ans encore emballé dans votre vidéothèque ?

Le Tigre du Bengale / Le Tombeau hindou (Fritz Lang).

Fritz Lang c’est vraiment, pour un cinéaste, l’auteur dans lequel se replonger (ou à éviter ?) quand on a l’impression d’avoir eu une idée de mise en scène incroyable. Deux ou trois films et on se rappelle que le mec a déjà tout fait. Le risque, bien sûr, c’est de se dire à quoi bon. La chair est triste, hélas, et j’ai vu tous les Fritz Lang. Il est vrai qu’après revoyure des trois Mabuse, 98 % de la production cinématographique actuelle paraissent d’une terrible fadeur. Et pourtant, je n’ai encore jamais pris le temps de me poser devant le diptyque indien du maestro. Je ne sais pas pourquoi. Est-ce parce que je n’en ai pas entendu que du bien ? Quoi qu’il en soit le coffret est très joli est cela suffit déjà à mon plaisir.

19) Le(s) cinéaste(s) à qui vous pourriez tout pardonner ?

Alain Cavalier, John Carpenter.

Cavalier, c’est le tonton que tout le monde voudrait avoir. Outre son génie de filmeur, c’est cette voix, veloutée, enveloppante, apaisante, qui me ferait tout lui pardonner. C’est la voix d’un être foncièrement honnête et bienveillant. Et puis, même si je préfère certains de ses films à d’autres, j’ai du mal à l’imaginer faire un vrai navet.

Carpenter, c’est un de mes grands chouchous depuis toujours. The Thing, Christine, Invasion Los Angeles, New York 1997, Los Angeles 2013, L’Antre de la folie… C’est tout ce que j’aime : du fun, du frisson, du premier et du second degré, du rigolo et de l’existentiel, de la baston et des monstres… Il m’en manque encore un ou deux à voir, mais à ma connaissance il n’a fait qu’un seul mauvais film : son dernier long métrage de cinéma, The Ward, qui m’a terriblement déçu. Mais qu’importe, cet homme m’a tellement réjoui, j’ai tellement jubilé devant ses films, qu’une sortie de route ne le fait pas déchoir à mes yeux.

The Thing (John Carpenter) – Copyright Splendor Films

20) Ceux dont vous avez vu tous les films sans exception ?

Tim Burton, David Fincher.

Burton, c’est mon plus grand chagrin de cinéma. Pour moi c’est un génie jusqu’à Ed Wood, chef-d’œuvre absolu à mes yeux. Ensuite, il y a Mars Attacks, que je n’aime pas mais dont je respecte le parti pris esthétique délirant. Après il y a Sleepy Hollow, où la machine commence à sérieusement s’enrayer (zéro émotion, effets numériques dégueu). Et puis c’est le drame : La Planète des singes, navet cosmique radicalement déprimant. Tout ce qui suit, c’est de l’eau de vaisselle, de l’auto-imitation, avec toujours plus de numérique et toujours moins de charme. Comparez le Frankenweenie d’origine (1984) au Frankeweenie de 2012 et vous verrez. Le premier film est magique, d’une sensibilité et d’une poésie éclatantes ; le second, outre ses pompages à Gremlins 2, réduit les personnages monstrueux à de simples gimmicks dépourvus de toute signification. Je me plais à croire que la carrière du véritable Burton s’interrompit tragiquement en 1999 après Sleepy Hollow, suite à son éviction d’Hollywood au profit de son jumeau maléfique. Et pourtant, je m’obstine à aller voir chaque Burton à sa sortie dans l’espoir de, peut-être, retrouver mon amour de jeunesse, l’ami et défenseur des freaks, le bricoleur bizarre et romantique dont j’allais régulièrement louer naguère l’inénarrable Beetlejuice en VHS…

Fincher, j’en suis pas fou très honnêtement, mais ce qu’il fait est toujours intéressant. On sait qu’avec lui on n’aura pas un pauvre ersatz hollywoodien sans saveur. J’ai vu tous ses films à leur sortie, depuis Alien 3, injustement boudé à l’époque. Je persiste néanmoins à ne pas comprendre ce qu’il y a de si génial dans The Social Network.

21) Et ceux qui sont pour vous encore une “terra incognita” ?

Antonioni, Buñuel, Mizoguchi, Dreyer, D.W. Griffith, Visconti…

Antonioni, j’ai essayé trop jeune, vers 13, 14 ans, avec Profession : reporter. J’ai fait un choc anaphylactique. Je n’avais jamais vu un truc aussi chiant. Depuis, j’ai peur de réitérer l’expérience. Pourtant j’ai depuis découvert grâce aux Fiches des cinéastes comme Weerasethakul ou Wang Bing, qui ne sont pas des manchots question ennui, mais Profession : reporter m’a vraiment laissé un sentiment d’horreur qui me poursuit aujourd’hui encore (j’aurais pu le citer parmi mes plus grands traumatismes cinématographiques).

Quant aux autres, ma foi ils ont tous l’air épatant, mais on peut pas être partout. Entre Top Chef, The Voice et Queer Eye sur Netflix, je n’ai pas encore réussi à caser Ordet ou Les Amants crucifiés.

Edward aux mains d’argent (Tim Burton)

22) Et s’il ne devait rester qu’une scène, qu’un film, qu’un mot, qu’un geste du cinéma ?

Dans Edward aux mains d’argent (Tim Burton), quand Vincent Price, au début du film, prend un biscuit en forme de cœur et l’approche de la poitrine de l’un de ses robots, annonçant la création d’Edward.

Pour moi c’est du pur cinoche. On pourrait imaginer cette scène à n’importe quelle époque de l’histoire du cinéma. C’est évident, limpide, c’est de la mise en scène à l’état pur. Dans cette séquence liminaire présentant le personnage de Vincent Price et les origines d’Edward, il y a toute la tendresse de Burton, toutes ses influences, tout son savoir-faire.