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Le questionnaire cinéphile de Astrid Jansen

Vous connaissez les Fiches : vous y êtes abonnés, ou vous les lisez à l’occasion, ici-même – mais connaissez-vous celles et ceux qui, salariés ou bénévoles, figures historiques ou recrues récentes, les écrivent ? Savez-vous ce qui les travaille – ce qui les hante –, de quel tissu d’images singulier, élaboré au fil des années, procède leur rapport aux films, quelles passions nobles, penchants suspects, souvenirs d’enfance, tropismes de critiques avertis, constituent leur cinéphilie ? C’est ce qu’au fil de ce questionnaire, et en ces temps d’assignation à résidence, nous vous invitons à découvrir. Nous n’avons décidément pas fini de faire connaissance.

1) Votre premier souvenir de cinéma ?

Le Roi Lion (Disney). J’avais cinq ou six ans. Avec ma grand-mère. Il y avait une friperie juste à côté du cinéma. Je pensais que c’était ça le cinéma et je trouvais ça bizarre. Je ne me rappelle pas le film.

2) Le film qui représente le mieux votre adolescence ?

Moulin Rouge de Baz Luhrmann, de manière générale. Et très personnellement, In The Mood for Love et La Vie est un miracle. J’étais fière d’aimer ces films, je me sentais “cool”.

In The Mood for Love, Wong Kar-Wai

3) Le film qui vous a donné le goût du cinéma ?

C’était un peu par hasard. J’avais 14 ans, Full Metal Jacket était diffusé en télévision. Après ça j’ai vu tous les Kubrick et j’ai continué d’aimer le cinéma.

4) Et celui qui vous a transmis la passion critique ?

À l’université, un ami s’est tourné vers moi car il était désespéré. Il était obnubilé par la Nouvelle Vague, il voulait monter une petite équipe de critiques et personne ne le suivait. Je n’y connaissais rien, moi. Mais j’ai accepté. Il m’a fait lire Serge Daney et m’a fait voir À bout de souffle ainsi que les six contes moraux de Rohmer. Donc, ce n’est pas un film, mais des personnes ( mon ami, Serge Daney…) qui m’ont transmis la passion de la critique.

5) Votre plus grand traumatisme cinématographique ?

Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. J’avais 7 ans. Mon grand-père s’était trompé de cassette.

6) Votre plaisir coupable le plus flamboyant ?

Comme t’y es belle de Liza Azuelos. C’est un truc de copines, ça. (Et Love Actually, c’est un plaisir coupable ?)

7) Le film que tout le monde déteste mais que vous adorez ?

Song to Song de Terrence Malick.

8) Le film que tout le monde aime mais que vous détestez ?

Tous les films de Yorgos Lanthimos.

9) Dans quel film pourriez-vous vivre indéfiniment ?

(Déjà, surtout pas un film de Lanthimos.) Mes meilleures amies de Paul Feig. C’est ce qui se rapproche le plus de ma vie. On y rigole beaucoup, on désespère, on reprend espoir, on s’amuse bien. On tente de vivre de ses passions. Ça me suffit. (En ce moment de coronavirus, j’hésite quand même avec le génialissime Les Combattants de Thomas Cailley).

Mes meilleures amies (Paul Feig)

10) Quelle est votre réplique de cinéma préférée ?

Antoine à Cléo : “Je regrette de partir, je voudrais être avec vous.

Cléo à Antoine : “Mais vous y êtes.

Le jeune soldat doit partir en Algérie. La jeune chanteuse, elle, attend les résultats d’un examen médical, “un cancer je crois”. Tous deux absorbés par une attente infernale, ils se rencontrent au hasard d’un parc. Cette rencontre les pousse à vivre le présent et à lui faire confiance. “C’est un film sur la peur de la mort. Je voulais que l’on sente l’émotion. Parfois, ça se précipite, parfois, ça se calme. J’avais cette volonté de glisser d’une ambiance à une autre.” (Agnès Varda)

Cléo de 5 à 7 (Agnès Varda)

11) Un film fondateur de votre cinéphilie mais que vous reniez aujourd’hui ?

Jeux d’enfant.

12) Et au contraire, un film qui vous a déplu mais que vous avez réhabilité avec le temps ?

Mulholland Drive. Il y a un temps pour tout.

13) Le film “tout le monde dit que c’est un chef-d’œuvre, et effectivement, ça l’est” qui vous correspond le mieux ?

Cléo de 5 à 7 de Agnès Varda.

14) Vous pourriez tout à fait tenir un débat enflammé sur ce film, pourtant vous ne l’avez même pas vu :

Le prochain film de Lanthimos. Je ne le verrai pas et je pourrai expliquer pourquoi.

15) Une scène que vous adorez dans un film que vous n’aimez pas ?

Quand Omar Sy se prend un fou rire à l’Opéra devant un acteur déguisé en arbre dans Intouchables.

16) Une scène que vous détestez dans un film que vous aimez ?

Il y a quelques dérives sexistes dans Superbad que j’aime beaucoup (Superbad, pas les dérives) et qui, par ailleurs, a récemment été surpassé par Booksmart de Olivia Wilde.

17) Le DVD dont vous êtes le plus fier ?

Le P’tit Quinquin et puis aussi une collection de trois films de Sophie Letourneur, reçue par Chloé et l’équipe des Fiches du Cinéma après mon stage en 2012.

P’tit Quinquin (Bruno Dumont)

18) Et celui qui trône fièrement depuis dix ans encore emballé dans votre vidéothèque ?

The Kid de Charlie Chaplin. C’est une pochette brune, qui me donne le cafard. Comme quoi, le marketing…

19) Le(s) cinéaste(s) à qui vous pourriez tout pardonner ?

Billy Wilder, Ernst Lubitsch, Pier Paolo Pasolini, Werner Herzog, Andreï Tarkovski, Leos Carax, Marco Bellocchio, Aki Kaurismäki, Alain Resnais, Kelly Reichardt, Alain Guiraudie.

20) Ceux dont vous avez vu tous les films sans exception ?

Rohmer, Pasolini, Resnais, Kubrick, Moretti, Triet, Kore Eda, Paul Thomas Anderson, Tarantino.

21) Et ceux qui sont pour vous encore une “terra incognita” ?

Fritz Lang, Friedrich Wilhelm Murnau, Robert Bresson.

22) Si vous pouviez adapter au cinéma un livre, un essai, un poème, quel serait-il ?

Peut-être une histoire d’amour de Martin Page. D’abord parce que Martin Page est devenu cette année l’un de mes auteurs favoris. Je le lis sans arrêt ni craindre l’indigestion. J’aime quand il parle de la pluie, j’aime comme il craquelle le quotidien et j’aime la manière dont ses héros désabusés grandissent. Pourquoi ce livre en particulier ? Parce qu’il y a un personnage absent et que j’aimerais en faire un personnage puissant de cinéma.

Toni Erdmann (Maren Ade)

23) Et s’il ne devait rester qu’une scène, qu’un film, qu’un mot, qu’un geste du cinéma ?

Dans Toni Erdmann de Maren Ade, quand Sandra Hüller ouvre nue à ses invités. Dans cette scène il y a tout : d’abord la tension (le cinéma quoi) mais aussi l’exaspération, la beauté, la tendresse, la vulnérabilité, la vérité, l’humour.