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[Chronique 38] Olivier Cussac, compositeur

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Olivier Cussac est compositeur de musiques de films. Il est notamment l’auteur de celles de Terra Willy et Les As de la jungle.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Je travaille actuellement sur l’écriture de la musique du prochain film d’animation du studio Toulousain TAT (Les As de la jungle, Terra Willy), Les Aventures de Pil. L’action se situe au Moyen Âge, Pil est une petite orpheline qui, pour échapper aux gardes qui la poursuivent, se déguise en enfilant une robe de princesse. La voilà alors embarquée malgré elle dans une quête folle et délirante. La musique diégétique a été enregistrée deux jours seulement avant le confinement, reste à écrire et orchestrer la partition qui représente au moins 50 minutes de musique interprétée de nouveau par un grand orchestre.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Je peux dire que je ne suis pas autant touché que mes camarades musiciens de scène ou techniciens, pour qui la situation est proprement catastrophique. La menace de plus en plus forte de l’annulation des festivals d’été nous fait craindre le pire. De mon côté, même confiné je peux continuer à noter des idées ou même à travailler sur des séquences du film, n’ayant besoin que d’un piano et de papier musique, même si le manque d’échange en direct avec le réalisateur se fait tout de même cruellement sentir ! J’espère que le calendrier de production sera simplement décalé et que la date de sortie (fin 2021) sera conservée.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Je viens de voir que la SACEM mettait en place un plan de mesures d’urgence aux musiciens les plus touchés avec un fond de secours, des avances exceptionnelles de droits d’auteur et un renforcement du programme d’aide aux éditeurs.

Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment ?

Je mets à profit ce temps pour revoir et ré-écouter mes classiques inusables et découvrir de nouveaux talents. La radio est omniprésente et souvent sur FIP. Aussi, jouer de la guitare : j’ai la chance d’avoir un jardin. Ensuite je note pas mal d’idées en rapport avec le film ou pas. C’est souvent dans ces moments de relâchement et d’errance que les bonnes idées tombent. Je peux aussi passer un peu de temps au piano pour avancer sur la partition de Pil, quand les enfants me concèdent un peu de calme…

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

Il me semble qu’il faut voir le côté positif de la situation, tout en gardant en tête que des gens continuent à travailler pour notre confort et notre santé au prix de la leur. Cette vie recluse nous incite forcément à un repli sur soi qui peut être bénéfique à la création. J’avoue aussi que j’en profite pour soumettre mes mélodies ou mes idées d’orchestration à l’approbation de Charlie, mon fils âgé de sept ans qui connaît déjà la maquette du film par cœur !


Nous remercions l’UCMF, l’Union des Compositeurs de Musique de Films, de nous avoir mis en relation avec M. Olivier Cussac.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.