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[Chronique 9] Victor Saint Macary, réalisateur

Mon objet : un sexe géant qui m’accompagne partout (il est très bien élevé).”

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Victor Saint Macary est réalisateur et scénariste. Son premier long métrage, Ami-ami, est sorti en 2018.

Sur quoi travaillais-tu quand est arrivé le confinement ?

Je travaillais sur plusieurs projets :

– Un long métrage. L’histoire d’un mec à la ramasse qui décide de se faire passer pour un héros, quitte à ce que ce soit faux. Un projet assez personnel, se nourrissant d’une année passée un peu chaotique…

– Un long sur les championnats de sommellerie (je vous invite à regarder les finales des championnats de France par exemple, c’est passionnant).

– Une série sur un Centre de repos pour DJs dépressifs. Avec la scénariste Alicia Pratz, on bossait sur la 2eme version.

– Une mini-série sur 3 filles qui arnaquent Daesh. On commençait tout juste le traitement avec Fred Grivois. On avait enfin trouvé une production.

– Et enfin, je filais un coup de main à mon amie et scénariste Agathe Pastorino qui a un joli projet sur les nounous philippines.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour toi ? 

Professionnellement, je ne peux plus aller « vendre » des projets. Une partie de mon travail consiste à faire le VRP. À convaincre de miser sur tel ou tel projet. Je suis obligé de lancer plusieurs pistes, je ne peux malheureusement pas vivre d’un seul projet. Je bosse aussi comme réalisateur en pub, là c’est la berezina… Du coup, je vais donc me concentrer sur les projets en cours, ce qui est pas plus mal au final.

Économiquement, les paiements des échéances de remise se font parfois attendre (les services de compta étant souvent fermés), et les négociations de contrat prennent plus de temps (je suis notamment dans une négo pour adapter un roman, on verra combien de temps ça prend). Mais j’ai l’impression que le métier ne s’est pas arrêté, que les producteurs ont envie de développer des projets malgré l’avenir incertain.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Les solutions de mon côté sont purement logistiques. Visioconférence, calls, etc. Moi qui déteste le téléphone, je suis servi. Je trouve ça très dur d’écrire avec un coauteur sans être en contact direct. Le téléphone ne supporte pas le silence, alors que quand on est enfermé dans une salle de réunion, on l’accepte mieux. C’est une course à l’efficacité.

Pour les auteurs les plus précaires, la SACD a mis en place un soutien financier. Je n’y ai pas droit, je suis plutôt privilégié, mais je salue l’initiative. Tous ces jeunes auteurs qui se lancent dans le métier de scénariste doivent être aidés. On a besoin de ce sang neuf.

Est-ce que tu travailles pendant le confinement : à quoi et comment ?

La première semaine de confinement a tout chamboulé. Je n’avais pas la tête au travail et n’étais pas du tout organisé. Il a fallu s’y remettre et trouver un nouveau mode de fonctionnement. Vivant avec un enfant de 4 ans, qui n’a aucune envie de jouer seul, j’ai dû m’adapter. Petit à petit, mon emploi du temps est devenu précis, quasi carcéral. Entre les ballades dans la cour, le sport et les séances de puzzle, j’ai réussi à dégager 3 plages horaires dédiées au travail : 8h30-10h / 13h30-15h / 21h-22h. Soit 4h par jour contre 8 auparavant. Il s’agit d’être efficace.

Est-ce que la réclusion forcée te paraît propice à l’écriture, à la création, ou est-elle au contraire une entrave ?

La contrainte est devenue une force. Mes moments de travail sont plus qualitatifs. Je suis davantage concentré. J’essaye de ne faire que ça. Je suis dédié à la tâche. Mais honnêtement, j’ai hâte de retourner à ma vie d’avant. Hâte de pouvoir passer 1h sans rien foutre devant mon ordinateur, à me prendre la tête sur une virgule ou un dialogue, ou aller faire un tour sur YouPorn…


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.