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[Chronique 41] Stéphane Demoustier, cinéaste et producteur

Une image de La Maison des bois de Maurice Pialat, puisque je viens de montrer ce film indépassable à mes enfants, 
pendant le confinement. (Photo Collection Christophel)

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Stéphane Demoustier est cinéaste et producteur. Il est notamment l’auteur de Terre battue et de La Fille au bracelet.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

J’ai une double activité : celle de réalisateur et de producteur.
Lorsque le confinement est arrivé, j’étais en train d’accompagner mon film La Fille au bracelet qui était en cours d’exploitation dans les salles. J’ai vu tout à l’heure dans mon agenda que j’étais censé être à Lecce puis Rome cette semaine pour la sortie italienne du film… En tant que producteur, le confinement est arrivé alors que nous allions commencer la préparation du premier long métrage d’une jeune réalisatrice, Charline Bourgeois-Tacquet, que ma société Année Zéro coproduit avec les films Pelléas.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Je suis bien incapable de répondre à cette question. La durée de cette crise reste inconnue et on ne peut pas encore estimer l’onde de choc que cela représentera. Ma plus grande crainte concerne les distributeurs et exploitants, car la salle est le cœur battant du cinéma.
Mais la question mérite d’être élargie : dans quelle mesure notre société va-t-elle intégrer cette crise pour repenser son fonctionnement ? Il me semble qu’une refonte s’impose et elle aurait des répercussions sur nos vies personnelles et professionnelles, quels que soient nos métiers ou domaines d’activité. Mais à vrai dire, je suis assez pessimiste et je crains que rien ne change fondamentalement. Pourtant, une nouvelle crise, sans issue, pourrait survenir si le paradigme reste le même.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ? Est-ce que vous travaillez pendant le confinement : à quoi et comment?

Je travaille surtout à l’écriture. En tant que producteur, j’observe que les commissions de financement continuent de se tenir et que nous pouvons travailler. Nous planifions les mois à venir, tout en ayant conscience qu’il faudra forcément intégrer des données que nous ne maîtrisons pas.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à développer de nouveaux projets, de nouvelles méthodes, ou est-elle au contraire une entrave ?

L’écriture se fait naturellement dans un cadre confiné et en cela, la période actuelle ne crée pas de bouleversements dans mon quotidien. Mais la difficulté, c’est qu’il est impossible, et impensable, de s’abstraire de ce contexte si extraordinaire mais qu’il est également impossible de considérer ce que nous vivons avec recul, puisque nous sommes encore dans la crise. Or le cinéma est un art qui interpelle le monde dans lequel nous vivons tout en prenant de la distance par rapport à celui-ci.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.