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[Chronique 36] Amin Sidi-Boumédiène, cinéaste

Aux Fiches du cinéma, comme partout, le coronavirus nous a mis au chômage technique. Alors, pour continuer autrement, nous avons voulu chroniquer ce temps de latence, en donnant la parole à différents professionnels du cinéma, pour savoir où est le cinéma quand il n’est plus dans les salles, ce qu’il fait quand il ne peut plus se faire, bref comment chacun vit individuellement cette situation inédite.

Amin Sidi-Boumédiène est cinéaste. Il est notamment l’auteur d’Abou Leila, présenté à la Semaine de la critique (Cannes) en 2019.

Sur quoi travailliez-vous quand est arrivé le confinement ?

Je travaillais sur de nouveaux projets de films (scénarios) et j’ai commencé à aider un ami à monter son documentaire pendant mes moments de libre. Depuis le début du confinement un des trois projets a pris le dessus et j’ai pu me concentrer dessus, faire avancer le scénario et faire des recherches plus approfondies sur le sujet.

Quelles implications professionnelles et économiques a ou va avoir l’épidémie pour vous ? 

Pour un artiste et/ou intermittent et/ou tout autre professionnel lié à l’art ou au spectacle, cette période est difficile car il n’existe pas de “télétravail” pour ce genre d’activités (sauf si l’on est scénaristes, ou éventuellement technicien de post-production…). Du coup on est un peu frustrés. Personnellement la frustration vient surtout du fait que mon premier long-métrage, Abou Leila, devait sortir le 15 avril. A l’heure actuelle, on a très peu de visibilité sur ce qui va se passer concrètement ces prochains mois. Du coup on navigue dans le brouillard et ce n’est pas facile à vivre. Évidemment il faut relativiser car plein de gens sont dans des situations pires et le film finira bien par sortir. Du coup je suis déçu, certes, mais aussi très calme et compréhensif.

Des solutions se mettent-elles déjà en place pour s’adapter à ces bouleversements ?

Pour les solutions quant à la sortie du film ou le problème de l’intermittence, je ne pense pas être le mieux placé pour en parler. J’espère que l’État prendra la mesure de ces problèmes et aidera les acteurs les plus fragiles du secteur.

Est-ce que la réclusion forcée vous paraît propice à développer de nouveaux projets, de nouvelles méthodes, ou est-elle au contraire une entrave ?

La réclusion forcée permet de s’ouvrir à d’autres univers, à prendre le temps de défricher de nouveaux territoires. Dans mon cas c’est aller vers des films plus underground, des musiques qui demandent un temps d’écoute plus long g ou plus concentré, des livres qui exigent une vraie réflexion et un temps de digestion plus important. C’est donc changer son rapport au temps et au monde. C’est aussi l’occasion de murir ses propres projets.


Chaque illustration des articles des Chroniques du cinéma confiné est choisie et envoyée par l’intervenant lui-même.